Le ras-le-bol des praticiens

 
Le ras-le-bol des praticiens
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Un chirurgien-dentiste a écrit une lettre au Président de la République pour s’opposer au plafonnement des prix des prothèses. Un signe de la colère de la profession également largement hostile à la généralisation du tiers payant.

Chirurgien-dentiste à Paris depuis 35 ans, le Dr Alain Amzalag est bientôt au terme de sa carrière. Pourtant, il n’a pas hésité à écrire une lettre à François Hollande pour le prévenir des « conséquences néfastes qui résulteraient de l’adoption des nouvelles dispositions conventionnelles actuellement en discussion ».

Le praticien parisien rappelle dans son courrier qu’une réévaluation des soins conservateurs et préventifs était prévue ainsi qu’un tarif des prothèses raisonnable. Or, pour lui « la réévaluation des soins proposée par l’UNCAM est nettement insuffisante et le plafonnement des prix de prothèses inacceptable ».

Le chirurgien-dentiste souligne que les honoraires n’ont pratiquement pas été réévalués depuis 1945. « Cette sous-évaluation des soins ne permet plus aux dentistes français de moderniser leur cabinet, induisant ainsi une situation de sousinvestissement tant sur le plan humain (manque d’assistantes) que technique (évolution vers les nouvelles technologies). À l’inverse, grâce à une tarification plus juste des soins, nos confrères européens souvent mieux équipés ont également la possibilité d’engager davantage de personnel, permettant ainsi d’assurer une meilleure prise en charge de leurs patients selon les dernières données acquises de la science. »

Le praticien précise que les tarifs des soins dentaires sont « trois fois moins élevés en France » qu’au Canada ou en Allemagne, et dix fois moins qu’aux Etats-Unis. « Les soins dentaires, tels que le détartrage, le soin des caries, l’extraction et la dévitalisation, constituent 70 % de notre pratique. Un soin d’une durée d’une heure telle qu’une dévitalisation coûte au patient 81,94 euros ou encore un soin d’une durée de 30 minutes tel qu’un détartrage coûte au patient 28,92 euros (qui lui seront intégralement remboursés dans les deux cas) ». En parallèle à ces prix, le dentiste libéral estime que le coût horaire moyen d’un cabinet dentaire s’élève à environ 200 euros. Un constat partagé par de nombreux confrères.

Coup de gueule contre le tiers payant Outre un déséquilibre économique, les praticiens craignent une surcharge administrative liée au tiers payant généralisé. Celui-ci « fait porter sur le professionnel de santé une responsabilité qui n’est pas la sienne », juge le Dr Hubert Guillemant. « Ce n’est pas le rôle du praticien de contrôler les droits du patient et il n’a encore moins à en subir les conséquences lorsque ceux-ci ne sont pas à jour. » Le praticien s’oppose à ce rôle d’intermédiaire entre l’Assurance maladie, les complémentaires santé et l’assuré qu’il considère ne pas relever de sa responsabilité.

Pour autant il se déclare favorable à la simplification des démarches administratives et sensible aux difficultés d’accès aux soins. « L’emploi de la carte vitale et de moyens de paiements électroniques peuvent très bien remplir ces objectifs de simplification et de dispense d’avance de frais, avec la coopération des professionnels de santé et des banques ». Selon lui, il est possible « de permettre un débit différé et un remboursement au patient sans avance de frais ».