Tribune libre : Le sens commun - Par le Dr Hubert Guillemant

 
Tribune libre : Le sens commun - Par le Dr Hubert Guillemant

Les actes les plus mutilants sont encore les mieux valorisés.

Lorsque j’annonce autour de moi, dans ma famille ou à mes amis, que dans ma profession plus un acte est mutilant et mieux il est valorisé, les gens sont stupéfaits et refusent généralement de me croire. Heureusement qu’ils refusent de me croire, sinon pour qui passerions-nous ? Et pourtant c’est la réalité.

Notre profession est encadrée par une nomenclature, un référentiel qui au fil des années a fini par produire l’effet inverse de ce à quoi il était initialement destiné : valoriser les actes. Alors que tous les concepts actuels de santé dentaire s’accordent pour dire qu’il faut privilégier l’économie tissulaire et les restaurations sur dents vivantes. Alors que les nouvelles technologies CFAO, collage, ciments bioactifs, laissent entrevoir de nouvelles possibilités thérapeutiques. Il n’existe toujours aucun acte de soin de la pulpe vivante et les actes les plus mutilants sont encore les mieux valorisés.

La solution pour promouvoir les bonnes pratiques est pourtant simple et se résume en trois points :
- Valoriser les soins conservateurs au lieu de les dévaloriser comme c’est le cas actuellement.
- Créer un acte de soin de la pulpe vitale par coiffage direct ou indirect pour valoriser les actes réalisés en présence de cavité profonde sur dent vivante.
- Valoriser toutes les restaurations indirectes sur dent postérieure au même niveau que les couronnes, quelle qu’en soit la forme (onlay, overlay…) afin de favoriser l’économie tissulaire et les restaurations sur dents vitales.

Ces trois mesures de bon sens permettraient d’encourager le praticien à recourir en première intention aux actes les moins mutilants qui sont aussi les moins coûteux et les moins sujets à complications.

De telles mesures permettraient de concilier à la fois l’intérêt du patient, du chirurgien-dentiste et des organismes payeurs. Ce qui permettrait surtout de remettre la nomenclature en phase avec notre vocation. Ce qui permettrait également de restaurer l’image de la profession en l’orientant dans le sens de la promotion de la santé de nos patients. Cela relève tout simplement du bon sens.