Tribune libre - Antony Pulli, chirurgien-dentiste : sauvetage de l’exercice libéral : surfons sur la vague de la modernité !

 
Tribune libre - Antony Pulli, chirurgien-dentiste : sauvetage de l’exercice libéral : surfons sur la vague de la modernité !

« Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s’adaptent le mieux aux changements. » Charles Darwin

Qu’en est-il aujourd’hui factuellement de l’environnement socio-économique des cabinets dentaires ?
- 2/3 de l’activité (soins et chirurgie) représente 1/3 des recettes. Sans les actes à honoraires libres, les cabinets dentaires ne pourraient pas faire face à leurs coûts de fonctionnement.
- Les charges représentent désormais 65 % des recettes d’un cabinet dentaire, soit le taux le plus élevé de toutes les professions de santé.
- Les praticiens de moins de 35 ans ont un revenu de 39 % inférieur à la moyenne (92 724 € en 2014).
- 17,4 % ont un exercice en société.
- 20 278 sur 42 076 chirurgiens-dentistes emploient du personnel, donc plus de 50 % travaille sans assistante.
- On compte 3 467 centres de soins dentaires et ce nombre ne cesse d’augmenter.
- La majorité des gens renonce aux traitements dentaires pour des motifs financiers.
- On assiste ainsi à une explosion des soins dentaires réalisés à l’étranger qui en outre sont remboursés par l’Assurance Maladie.
- La profession est sur le podium en termes de burnout, de dépressions, de suicides et de divorces.

Si Darwin faisait ce bilan, quelle en serait, à votre avis, sa conclusion ?

Si l’on part du principe que la profession n’a aucun moyen politique, législatif ou médiatique d’infléchir cette situation, la solution ne peut venir que d’elle-même, en s’adaptant au marché des soins dentaires et non en attendant que ce marché s’adapte à elle. Et ceci sans renoncer à la qualité des soins, à l’éthique, à la liberté d’exercer et de se faire honorer comme il se doit.

Et si cette situation était en fait l’incident qui permettrait la bascule vers quelque chose de meilleur ? Pour qu’un ostéoblaste puisse faire son travail, l’ostéoclaste doit détruire avant, c’est la règle de la vie ! Il y a toujours un nouvel ordre caché derrière le chaos !

Impossible ? Pas si sûr ! À condition de s’imposer une grande remise en question fondée sur les valeurs de la profession adaptées au monde qui nous entoure, en fait à condition de casser certains paradigmes.

En voici, à mon sens, les principales pistes :

Le premier chantier est de recouvrer le bien-être de l’équipe thérapeutique. Il y a là un chantier énorme. L’état d’esprit de toutes les personnes impliquées dans le fonctionnement du cabinet et la technologie doivent permettre aujourd’hui de changer l’image négative qu’ont les gens des soins dentaires et ainsi de se démarquer de la dentisterie à la chaîne. Je travaille beaucoup sur cette notion car c’est une valeur forte pour moi.

Aller peut-être plus loin que les coachings comportementaux habituellement proposés en proposant de casser les croyances limitantes qui empêchent bon nombre de consoeurs et de confrères de s’épanouir pleinement et durablement. Pourquoi ne pas investir dans cette voie ? C’est, selon moi, la plate-forme sur laquelle devrait reposer tout le reste.

Au niveau juridique, exercer sous forme de société permet, pour un même exercice, de pouvoir développer son cabinet en permettant un investissement plus conséquent et le recrutement de plus de collaborateurs afin de pouvoir déléguer les actes qui ne nous plaisent pas. Pourquoi si peu de praticiens ontils franchi le cap ?

Au niveau de l’organisation du travail : force est de constater que même si l’on ne partage pas forcément la vision des centres dentaires, low cost en particulier, leur approche en termes de management et de gestion devrait solliciter notre curiosité. Tout n’est pas forcément à jeter dans ces structures, et leur compétitivité n’est pas due qu’à un coût moindre des achats de fournitures. Pourquoi ne pas s’en inspirer ?

Au niveau technique, nous avons la chance de voir se développer depuis quelques années l’industrie numérique. Cette industrie permet de réaliser des travaux d’une précision jamais atteinte auparavant, de façon plus rapide, à moindre coût, et, pour beaucoup, labélisés français.

Certains industriels se penchent aujourd’hui sur la question et y voient une source de revenus pour eux et un moyen de se battre à armes égales pour nous. Pourquoi voir cela comme une atteinte à nos honoraires ?

Peu importe leur montant, ce qui compte est le bénéfice, et si ce bénéfice peut être maintenu en diminuant les honoraires et en augmentant la qualité, pourquoi ne pas en faire profiter la population et permettre à nos cabinets de prospérer ?

Enfin, une des grandes forces des centres dentaires est le volume d’achats qu’ils garantissent. Qu’attendonsnous pour sortir de nos cabinets, pour nous réunir en fonction de nos caractéristiques d’exercice afin de penser comment mutualiser nos achats ?

Si l’on part du principe que la profession n’a aucun moyen politique, législatif ou médiatique d’infléchir cette situation, la solution ne peut venir que d’elle-même, en s’adaptant au marché des soins dentaires et non en attendant que ce marché s’adapte à elle.

À prix égaux les patients préféreront toujours les cabinets privés de leur quartier, l’affect, la confiance, la fidélité et la sécurité étant nos meilleurs alliés. Et une action massive de la profession en ce sens permettrait sans doute de rallier de nouveau à notre cause les patients, donc la population française, ce qui serait un gage d’indépendance pour l’avenir. À nous d’en prendre la responsabilité.

Alors surfons sur la vague de la modernité et mettons notre création, nos compétences et nos ambitions au service de la profession afin de projeter le 21e siècle vers une dentisterie de qualité, ouverte à tous, humaine et qui nous garantisse la vie à laquelle chacun d’entre nous aspire.

Contact

Mail: Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Rendez-vous le jeudi 28 septembre à Lyon avec les Drs Pulli et Zimmer pour une conférence "Le bien-être au service de la performance : adaptez votre pratique à un monde qui bouge".