Pourquoi et comment en est-on arrivé là… ?

Pourquoi

Nous publions ici le prologue et le premier chapitre d’une « approche analytique historique, critique et politico-syndicale de l’exercice libéral » du Dr Michel Kharitonoff. Une tribune libre en huit épisodes.

Prologue

Commençons par la fin, ici et maintenant, c’est « zéro à charge »

Mise au point sur ce titre afin qu’il n’y ait aucun quiproquo, ni aucune ambiguïté... Le zéro à charge est présenté comme un cadeau du gouvernement français aux ayants droit de la France. Le financement du zéro à charge est en réalité un cadeau obligatoire, forcé et imposé, que les chirurgiens-dentistes se doivent de payer, puisque l’État n’a donné aucun budget supplémentaire (et refuse de le faire) pour la santé dentaire des Français. Le « ZAC » est intégralement financé par la profession au travers des concessions syndicales dans le blocage et la réduction d’honoraires associés aux augmentations des taxes, de CSG en particulier, directement ciblées sur nous, les dentistes... Ainsi, nous finançons le ZAC par la réduction forcée de nos revenus professionnels en guise de budget de santé publique, contrairement au milliard d’euros annoncé en cadeau par le gouvernement, et qui est en réalité 600 à 700 millions d’euros directement ponctionnés sur nos charges supplémentaires… rajoutées pour l’occasion !

C’est une opération blanche pour les comptes de l’État, lequel, abusivement, en tirera pour longtemps les bénéfices moraux et publicitaires... Un président banquier ne pouvait mieux faire en faisant payer aux autres les cadeaux qui feront sa réélection à venir et remonter sa cote de popularité actuellement très basse. Vous verrez qu’ils s’en vanteront tous au gouvernement de ce zéro à charge, le moment « revenu » des présidentielles, tandis que l’État n’aura rien payé pour cela. Mais est-ce bien en vandalisant une profession formidable que le gouvernement pourra, sans vouloir débourser un seul centime, remonter la pente descendante du niveau social de la France ? Nous étions au niveau mondial dans le trio de tête des pays socialement les plus développés, il y a 30 ans, et aujourd’hui nous nous retrouvons aux alentours de la 15e position mondiale ! La pingrerie et l’avarice de la haute finance envers les soins médicaux toujours plus coûteux (car toujours plus exigeants technologiquement) du peuple français (idem USA, GB, etc.) sont sans doute à l’origine de cette désastreuse constata¬tion. La révolution sociale pour la santé des Français était notre modèle à tous, aujourd’hui notre classement mondial est médiocre, et infamant pour une société qui se pose en modèle, et donneuse de leçons dans ce domaine.

Ainsi, en 2017, la France était au 15e rang mondial, seulement, pour son système de santé. La redistribution de nos richesses ne passe plus par la case santé, ce n’est pourtant pas faute d’avoir augmenté toutes nos taxes et nos impôts. Le budget santé est devenu un compte commercial à équilibrer sans que l’État ait à combler les déficits… ni à augmenter ses budgets, contrairement aux banques qui ont reçu des milliards sans restriction et immédiatement lorsqu’elles ont été en péril déficitaire... La santé de l’argent de la haute finance compte plus que la santé des Français...

Chapitre 1

Soins-prothèses : le grand marchandage

Il faut bien avoir à l’esprit que les gouvernements qui se sont succédé depuis 30 ans (en accord avec tous nos syndicats) se sont donnés a priori, comme base de leur politique de santé, la maîtrise des honoraires. Ces quatre mots ont scellé tout ce qui nous arrive depuis 30 ans. Par maîtrise des honoraires, soyons bien clair, il s’agit du blocage progressif des honoraires, sous contrôle d’État… à savoir : revalorisation possible des tarifs, de 3 % ou moins, tous les 15 ans, ou plus ! Autant dire jamais de revalorisation... Avoir accepté la première marche de ce marché, c’était prévoir d’accepter les suivantes (les blocages) ; le syndicat avait mis le doigt des 40 000 dentistes dans l’engrenage du zéro à charge… notre dernière marche d’aujourd’hui.

Alors, pourquoi avoir accepté le blocage des honoraires de tous les soins, en échange de garder les honoraires libres sur les prothèses et l’orthodontie ? Enfin plus ou moins libres, car des honoraires supérieurs à une limite connaissent des charges supérieures en impôts et taxes… Où est la liberté d’honoraires dans tout ça ! Pourquoi avoir sacrifié les soins dentaires et ne s’être pratiquement jamais battu par la suite pour revaloriser les cotations à leur juste valeur, comparativement à notre PIB (l’usure monétaire habituellement était de 100 % tous les 20-25 ans, sauf pour les 30 dernières années où ce fut pire) ? C’est très simple, il s’agissait d’un marché de dupes dont le syndicat majoritaire s’est fait le complice, consciemment ou non, la CNSD a ainsi desservi 40 000 dentistes, endormant leur confiance sans leur demander leur avis... Ils ont ainsi laissé des tarifs d’honoraires non réévalués se dévaluer, et donc, sur le moyen ou long terme, des tarifs moins chers chaque année, par suite de l’érosion monétaire... Et aujourd’hui, après 30 années de quasi-blocage tarifaire, nos soins dentaires sont au même prix qu’en Afrique... À quelques CFA près ! Salam !

Le but politique de la maîtrise des honoraires est d’obtenir le coût le plus faible possible sans augmenter ni revaloriser notre budget d’État pour le dentaire (ce qui le diminue, corrélativement au coût de la vie). Pour le coup le zéro à charge est une réussite politique parfaite, dont le gouvernement ne manquera pas (il faudrait être bête) de tirer les marrons du feu... Le marchandage des honoraires : soins bloqués contre prothèse libre fut le premier pas du zéro à charge programmé, ça coule de source... mon cher Watson. Mais, pourquoi avoir accepté de dévaloriser les trois quarts de notre exercice au profit de la prothèse dont les honoraires sont restés libres ? C’est une énigme dont le syndicat devra rendre compte, pour que l’on puisse comprendre enfin. Mais avant cela nous allons essayer de le comprendre par nous-mêmes. Pour le moment on peut juste avancer que le syndicat majoritaire d’antan a obéi aux injonctions et aux desiderata des politiques... Sans savoir pourquoi ? En tout cas sans jamais nous l’avoir expliqué.

Dr Michel Kharitonoff

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