L’heure du déremboursement de l’homéopathie a sonné

décisions qui font débats

Une chronique animée par le Dr Michel Abbou

ALEA JACTA EST - Emmanuel Macron a donné son feu vert pour un déremboursement total (progressif mais rapide) de l’homéopathie. Le taux de prise en charge passera de 30% à 15% en 2020… Puis à 0% au 1er janvier 2021.

Outre les praticiens homéopathes et leurs patients, cette décision inquiète les laboratoires Boiron qui font valoir le risque induit sur leurs 2500 salariés. Alors que la CPAM n’assume que 126,8 millions d’euros (0,6% des dépenses de médicaments en France), il est bien légitime de s’interroger sur l’efficacité d’une telle mesure au vu des incidences collatérales qu’elle ne manquera pas de générer…
Le moins que l’on puisse dire est que cette décision déchaîne les mots et les maux au sein de la sphère médico-sociale. Il m’a semblé intéressant de demander à un confrère investi en la matière d’argumenter sur la question.
 

 

Dr Grégory Helfenbein , Chirurgien-dentiste à Sanary-sur-Mer

Déremboursement de l’homéopathie : une vraie fausse bonne idée


Tout a commencé par une tribune publiée en mars 2018 dans le Figaro par 124 médecins (sur environ 200 000 exerçant en France). Ces derniers s’acharnaient sur l’homéopathie en fustigeant son remboursement, allant jusqu’à traiter les médecins homéopathes de charlatans, propos pour lesquels ils ont été condamné par le conseil de l’Ordre des médecins pour diffamation.
Deux arguments étaient mis en valeur pour cautionner le déremboursement :
• Un argument économique
• Un argument scientifique
Nous allons voir que ces deux arguments ne tiennent pas la route.

Économiquement parlant, le remboursement des médicaments homéopathiques représentait 0,29% des remboursements de médicaments en 2016 ou 0,06% des dépenses de santé… une goutte d’eau dans l’océan. Sachant que suite au déremboursement, si seulement 10% des patients qui se soignaient en homéopathie remplacent leur traitement homéopathique par d’autres médicaments remboursés, en moyenne plus cher et avec des effets secondaires non négligeables cela annule l’économie escomptée (1)
Autre étude scientifique : l’étude EPI3 (2) réalisée entre 2011 et 2018 qui a évalué la pratique de 825 médecins généralistes sur 8 559 patients dans trois domaines :
• Troubles musculo-squelettiques
• Infections des voies aériennes supérieures
• Troubles anxieux du sommeil
Résultat : Bénéfice comparable pour les patients traités par homéopathie ou par allopathie. Alors quel avantage me direz-vous à soigner par   homéopathie ?  Une économie de 35% par patient avec :
o 57% de prescription antibiotique en moins (à l’heure où la chasse à l’antibiorésistance bat son plein c’est une donnée intéressante !!)
o 46% d’anti-inflammatoires non stéroïdiens en moins
o 71% de psychotropes en moins
Avec tous ces chiffres, l’argument économique ne tient donc pas la route.

Reste l’argument scientifique : l’homéopathie n’a pas ses preuves scientifiques.
Soyons clair : l’homéopathie ne peut pas être comparé dans une étude en double aveugle classique à l’allopathie. C’est impossible et cela s’explique simplement : c’est lié à son fonctionnement.
L’homéopathie est une médecine de l’individu, qui va prendre en charge le patient dans sa globalité avec l’ensemble de ses symptômes physiques et mentaux. Il y a individualisation du traitement, à chaque personne correspond un traitement spécifique.

Prenons l’exemple d’une étude en double aveugle sur 10 personnes pour tester l’efficacité d’un traitement allopathique dans les infections dentaires : on crée deux groupes, l’un reçoit un placebo et l’autre un traitement antibiotique; ce sera le même traitement pour tous. Personne, ni les patients, ni les praticiens ne savent qui prend quoi. On analyse ensuite les résultats et si l’antibiotique aura eu des résultats sur un maximum de personnes, on dira qu’il a un service médical rendu suffisant justifiant sa prescription et son remboursement dans cette indication.

En homéopathie, le fonctionnement est complètement différent. Le traitement sera spécifique à chaque personne en fonction des symptômes locaux (type de douleur, irradiation…), des symptômes généraux (modalités thermiques, modalités alimentaires, symptômes concomitants…) et des symptômes mentaux (traits de caractère spécifiques, peur, colère, indifférence…). Donc pour 10 patients, nous pourrons avoir dix remèdes différents. C’est pour cette raison que depuis 1992, une directive européenne précise le statut des médicaments homéopathiques et leur spécificité sans indication thérapeutique.
A partir de là on, comprend bien que proposer une étude en double aveugle avec le même remède pour toutes les personnes n’a pas de sens.

Pas de preuve scientifique aujourd’hui… mais qu’en sera-t-il demain ? Avec le développement de la physique quantique, les choses évoluent.
J’en veux pour preuve les travaux de recherche de l’équipe DYNHOM (3) qui ont mis en évidence la signature caractéristique de deux médicaments homéopathiques (Cuprum Metallicum et Gelsemium Sempervirens) grâce à leur Résonance Magnétique Nucléaire (NMR) dans des substances où ils ont été hautement dilués. Je rappelle qu’en homéopathie, au-delà de la 12 CH, nous sommes dans des substances hautement diluées dans lesquelles nous n’avons statistiquement plus la probabilité de retrouver de molécules. Cela voudrait donc dire que dans ces substances hautement diluées, il resterait une trace électro-magnétique ou vibratoire des substances initialement présentes. Affaire à suivre…
Pour conclure, je dirai que l’homéopathie est une médecine alternative et complémentaire qui ne s’oppose pas à la médecine allopathique mais vient la compléter efficacement en respectant de plus une loi fondamentale chère à Hippocrate : « Primum non nocere ».


(1) Calcul d’après les données DREES 2016, MEDIC’AM 2016
(2) Etude Pharmaco épidémiologique de l’Impact de santé publique des modes de prise en charge pour 3 groupes de pathologies, réalisée par LASER pour Boiron, ayant donné lieu à 12 publications scientifiques entre 2011 et 2018. EPI 3 est la plus grande étude épidémiologique réalisée en France dans le domaine de la médecine générale. Ce programme d’étude a duré 5 ans et a été confié à un comité incontestable d’experts indépendants, présidé par le Pr Bernard Bégaud (alors président de l'unité INSERM 657 « Pharmaco-épidémiologie et évaluation de l'impact des produits de santé sur les populations »). Il s’agissait d’évaluer la place de l’homéopathie en médecine générale en France et son intérêt pour la Santé Publique.
(3) Nuclear Magnetic resonance characterization of traditional homeopathically manufactured copper (Cuprum Metallicum) and plant (Gelsemium Sempervirens) medicines and controls » MichelVan Wassenhoven, MartineGoyens, MarcHenry, EtienneCapieaux, PhilippeDevos Homeopathy Volume 106, Issue 4, November 2017, Pages 223-239