« Mettre en avant la qualité et les compétences du praticien »

entretien avec Marwan Daas

Marwan Daas, Maître de conférence Paris Descartes et praticien hospitalier MCU-PH

Se former, communiquer avec le prothésiste et mieux connaître l’intérêt du numérique sont les thèmes chers au président du comité scientifique 2019.

L’ADF se veut cette année particulièrement à l’écoute des jeunes chirurgiens-dentistes. Que leur proposez-vous dans cette nouvelle édition ?
Marwan Daas : Les chirurgiens-dentistes sont plus angoissés par la nouvelle réforme que par celles du passé. D’autre part, il y a un problème sur la formation continue. Selon les études, un quart seulement des chirurgiens-dentistes se forment. Nous avons essayé de construire un programme interactif qui attire les jeunes praticiens avec des questions purement cliniques et notamment le numérique dans tous les domaines (chirurgie, prothèse…) avec des démonstrations en direct, des conférences et des travaux pratiques.
Nous avons voulu également valoriser les jeunes qui aiment communiquer au travers du concours Jeunes talents. Le comité scientifique a sélectionné la présentation clinique de dix finalistes. Un jury désignera le vainqueur de ce concours en fonction de plusieurs critères dont l’originalité, le dynamisme, la présentation, le cas présenté. Le gagnant aura la chance d’être conférencier à l’ADF en 2020.

Le congrès promet cette année plus d’échanges entre les praticiens et les conférenciers. Qu’attendez-vous de cette interactivité ?
M. D. : J’ai avant tout demandé qu’il y ait une interactivité entre le responsable de séance et les conférenciers, un véritable échange. J’ai souhaité aussi une interactivité plus importante entre l’intervenant et les membres du public qui vont pouvoir poser anonymement des questions via leur smartphone tout au long de la conférence. Le responsable de séance va recevoir les questions et les transmettre aux conférenciers. En effet, si le message ne passe pas de manière claire, l’auditeur n’a rien appris et la conférence n’est pas productive. Dix minutes seront consacrées à cet échange à la fin des conférences.

Les nouveautés technologiques seront mises à l’honneur. De quelle manière ?
M. D. : Nous avons souhaité mettre en avant la qualité et les compétences du praticien. Le numérique est et doit rester un outil. On utilise le flux numérique dans plusieurs disciplines, on connaît ses avantages en matière de confort, prévisibilité, reproductibilité. À travers les séances, qu’elles soient thématiques, télévisées, ou de travaux pratiques, l’outil numérique va être exploré non comme un objectif en soi mais comme un moyen, alors que l’industrie le présente parfois comme pouvant être la solution à toutes les problématiques. La
conférence phare du congrès portera d’ailleurs sur l’intelligence artificielle. Je souhaite que le chirurgien-dentiste qui veut investir dans les nouvelles technologies puisse connaître l’intérêt et les limites de l’outil numérique.

C’est une première, les prothésistes auront leur place à l’ADF 2019. Quelles sont les séances prévues en la matière ?
M. D. : Je me réjouis de cette collaboration. Si on ne mettait pas en amont la communication entre le prothésiste et le praticien, nos traitements prothétiques complexes n’aboutiraient pas. Pour la première fois la participation des prothésistes va être plus importante. Ils vont participer à des démonstrations télévisées, des travaux pratiques, certains seront responsables de séances et donneront des conférences.

Le chirurgien-dentiste est confronté à la nouvelle convention et au reste à charge zéro. Comment peut-il s’adapter à cette nouvelle donne ?
M. D. : Une convention a été votée. À chaque fois qu’il y a une nouvelle convention, avec ses avantages et ses inconvénients, elle incite les praticiens à évoluer et à adapter leur exercice, pas forcément dans le mauvais sens. En matière de restauration, la réforme va dans le sens d’une dentisterie moins mutilante. Pour répondre aux questionnements de mes confrères et consoeurs, j’ai instauré une séance de trois heures, sans caractère politique, sur le reste à charge zéro, afin de donner des conseils concrets pour élaborer un devis pour le patient, selon les situations cliniques, avec la nouvelle nomenclature.

Le praticien joue son rôle dans la prévention bucco-dentaire mais les efforts en matière de santé publique sont-ils suffisants ?
M. D. : Les efforts ne sont jamais suffisants. Je constate néanmoins, dans le domaine de la formation continue, un investissement de la part des pouvoirs publics. Or, le budget donné à notre profession n’est utilisé qu’en partie. Or, se former permet à un praticien d’évoluer dans sa pratique avec le développement des nouveaux matériaux et technologies et surtout à proposer les meilleures solutions thérapeutiques à nos patients.

A.T