Est-ce que nous vivons un moment Historique ?

AVIS D’EXPERT

Dr Michaël Lumbroso, chirurgien-dentiste

Dr Michaël Lumbroso, chirurgien-dentiste, partage avec Solutions Cabinet dentaire une réflexion sur la crise sanitaire actuelle.

Il est bien sûr bien trop tôt, et nous n’avons pas encore le recul nécessaire pour savoir si cette pandémie de COVID19 entrera dans l’Histoire.
Néanmoins on ne peut pas s’empêcher de comparer, de faire un parallèle avec la pandémie de grippe espagnole qui a sévi en 1918-1919. Il y a bien sûr des différences mais il y a aussi des similitudes.

Tout d’abord quelques chiffres, pour nous permettre de prendre un peu de hauteur :
En 1918 l’Humanité comptait moins de 2 milliards d’individus, aujourd’hui nous sommes quatre fois plus nombreux, nous sommes presque 8 milliards. Selon les dernières études, l’épidémie de grippe espagnole aurait fait environ 100 millions de morts soit 5 % de la population mondiale (plus que la première guerre mondiale). Elle aurait contaminé la moitié de l’humanité. Ramené à aujourd’hui, ça représenterait 400 millions de morts…

À l’heure où j'écris ces lignes, la COVID 19 a fait environ 80 000 morts dans le monde, c’est déjà énorme, c’est bien évidemment terrible, mais c’est sans commune mesure avec la grippe espagnole. Le Coronavirus (SARS-CoV-2) est heureusement 3 fois moins mortel que la grippe espagnole, et surtout, tous les moyens mis en œuvre font baisser drastiquement sa contagiosité, son taux de morbidité.

Il faut donc garder une idée des proportions pour relativiser cette épidémie de Coronavirus. Il faut se rappeler qu’en France, la canicule de 2003 a fait environ 20 000 victimes, que la grippe saisonnière fait en moyenne 10 000 victimes par an en France, mais surtout il faut se rappeler que le tabac cause 73 000 décès par an en France ! Mais les bureaux de tabac sont classés comme « commerces de première nécessité » ils restent donc ouverts…

Néanmoins on ne peut pas s’empêcher de voir des points communs avec la grippe espagnole. Ce qui me frappe ce sont les ressemblances dans la gestion de cette crise. Finalement en 100 ans les moyens de prévention n’ont pas changé : les gestes barrières, le confinement, la distanciation sociale, bref l’Empirisme qui applique des recettes déjà connues plutôt qu’une vraie démarche scientifique. Quant aux traitements, nous en sommes réduits au Paracétamol... il y a 100 ans c'était l'Aspirine...

À Taïwan, en Corée du Sud, à Singapour, on a réussi à juguler cette épidémie par des moyens technologiques et biologiques modernes : tests par amplification moléculaire systématisés, suivi des flux de population par des algorithmes, par données GPS, par le tracking digital.
Aujourd’hui le prix des masques s’envole, tout comme celui du rhum en 1919 auquel on prêtait alors des vertus thérapeutiques…

Ce qu’il faut bien comprendre en fait, c’est que tout notre système de santé européen, occidental est le fruit de la pandémie de 1920. L'OMS n'est que la continuité du Comité d'Hygiène de la Société des Nations (SDN, qui deviendra l'ONU), qui a été créé suite à cette pandémie. Nous sommes encore profondément marqués par cette crise centenaire ; et face aux dangers nouveaux du Coronavirus, nous nous retranchons sur ce que nous connaissons déjà... Comportements archaïques ! Nous préférons un danger aux risques connus, même s'ils sont terrifiants plutôt que de tenter quelque chose de nouveau, aux conséquences mal maîtrisées. C'est ce qui se produit avec polémique actuelle sur le tracking digital : préférons-nous vraiment continuer à restés confinés (et donc être privés presque totalement de nos libertés) ou est-on capable de prendre le "risque" de retrouver une liberté surveillée numériquement ?

La Sécurité Sociale, porte en son sein ces conceptions héritées du passé : CPAM = Caisse Primaire d'Assurance Maladie ! Assurance Maladie... nous sommes formatés pour gérer la maladie, pas pour la prévenir ! C'est l'une des raisons qui explique le retard considérable que notre système de santé a eu à l'allumage... Il y avait mille choses à faire pour éviter la situation actuelle, dès les premiers cas confirmés en Chine, dès le confinement déclaré à Wuhan le 23 Janvier... prévenir plutôt que guérir... Quel aveuglement. Il est effrayant de constater le pouvoir qu'a notre inconscient sur notre capacité à prendre des décisions rationnelles. Tant que la vague n'était pas sur nous, nous ne voulions, nous ne pouvions pas la voir ! C'est ce que l'on appelle un biais cognitif.

Comme le disait Albert Einstein : « La folie est de toujours se comporter de la même manière et de s'attendre à un résultat différent. »

La crise sanitaire du Coronavirus va nous obliger à nous adapter, à penser différemment, à sortir de notre zone de confort, c’est en cela qu’elle sera peut-être Historique.
 

E.V.