Le président des CDF demande « une convention temporairement adaptée »

Covid-19

Dr Thierry Soulié, président des Chirurgiens-Dentistes de France.

Dentoscope : Qu’est-ce que cette crise sanitaire vous a appris personnellement et en tant que président des CDF ?

Dr Thierry Soulié, président des CDF : En tant que président, rien de plus que nous ne sachions déjà ; notre rôle est de défendre et d’aider les consœurs et les confrères quelles que soient les situations, même si celle-ci est violente à bien des égards. Car nous nous sommes trouvés dans une situation inédite qui nous a demandé beaucoup plus de travail. Il a fallu très vite nous adapter et réagir avec une intensité inégalée et inconnue à ce jour, pour répondre aux demandes qui ne cessaient d’affluer. Ce d’autant plus que nous n’avions plus le personnel habituel à nos côtés, puisque nous avions mis nos collaborateurs salariés en chômage partiel. Malgré cela, si vous regardez ce que nous avons publié durant cette période, vous pourrez vous rendre compte de la quantité et de la qualité de ce que nous avons produit. Permettez-moi donc de remercier mon équipe qui est venue confirmer ce que je savais déjà : les consœurs et les confrères qui m’entourent sont entièrement dévoués à la cause que nous défendons et au service des chirurgiens-dentistes. C’est dans la difficulté qu’on se révèle, dit-on, ils n’ont pas failli.

Vous avez demandé au directeur de l’UNCAM une adaptation temporaire de la convention dentaire. Que vous a-t-il répondu ?

Je l’ai effectivement sollicité en lui disant que : « si la convention que nous avons signée avait du sens en temps « normal », elle ne répond pas à la problématique actuelle ! ». Nous ne pourrons plus travailler comme avant : les mesures sanitaires, les investissements, les gestes barrières et la distanciation font que notre activité sera lourdement impactée dans son fonctionnement. La trajectoire économique de la convention, modélisée sur l'activité avant Covid-19, n’est pas celle que nous aurons désormais, du moins tant que ce coronavirus ne sera pas vaincu. Il faut donc réaffecter des sommes et l’Assurance maladie obligatoire doit jouer ce rôle. Je le lui ai clairement demandé et il m’a dit : « faites-moi une proposition », nous l’avons faite ! Un texte de cinq pages détaillant la situation et les pistes pour répondre à ces problèmes ont été évoquées, notamment une proposition d’investissement des assureurs complémentaires, car jusqu’à présent ils n’ont pas été beaucoup présents durant cette crise, c’est le moins que l’on puisse dire. J’attends sa réponse et celle du ministre qui nous a aussi « entendus » et n’hésiterai pas à les relancer.

Beaucoup de praticiens s’inquiètent pour leur retour dans leur cabinet. Pourront-ils exercer en toute sécurité grâce à des équipements en nombre suffisant ?

Nous comprenons cette inquiétude, et j’espère que tous les cabinets seront en mesure de redémarrer. Mais des incertitudes demeurent, ce d’autant plus que nous avons bien eu des annonces, notamment concernant les masques FFP2, mais arriveront-ils à temps ? Le Conseil de l’Ordre a déclaré avoir agi en ce sens, je ne demande qu’à le croire, mais il n'est pas le seul à l’avoir fait.

Les courriers que j'ai envoyés et les réponses que j’ai eues démontrent que notre action, comme celles de certains confrères et consœurs qui n’ont pas hésité à se mettre à nu devant leur unit, ont sans doute contribué à faire prendre conscience du problème dentaire. Mais les masques ne feront pas tout, il faut des EPI en nombre suffisant, et une réorganisation de la logistique au sein des cabinets. D’où la nécessité de recommandations précises et de guides pour aider les praticiens, nous en avons publiés, pour une reprise lente et progressive et nous habituer à travailler, et nos patients avec nous, dans ces nouvelles conditions.


Comment les cabinets dentaires vont-ils passer le cap de la crise ? Certains seront-ils en difficulté avec un semestre à venir où le retour à la normale ne sera pas immédiat mais progressif ?

Nous avons pendant cette crise exigé des mesures d’accompagnement et, depuis le début du confinement, nous n’avons jamais cessé de clamer que les mesures sociales de report des charges ne seraient pas suffisantes pour sauver les cabinets. J'ai personnellement milité pour une aide compensatoire et l’annulation de certaines charges alors que personne ne parlait encore de cela ; il suffit de reprendre nos écrits et nos publications pour se rendre compte que nous étions dans le vrai. Nous n’avons pas la prétention d’avoir été les seuls à le dire, mais nous avons toujours agi parmi les premiers et avons dans certains domaines été les précurseurs de certaines décisions qui sont venues par la suite. Toutes ces mesures devraient permettre aux praticiens de passer le cap. Mais il faudra durer, c’est pourquoi je défends l’idée d’une convention temporairement adaptée à cette situation.

Cette crise doit-elle conduire à revoir le modèle économique des cabinets dentaires en privilégiant notamment les regroupements de praticiens ?

Cette démarche allant vers les regroupements s'est accentuée depuis des années, elle va sans aucun doute se poursuivre. Nous devons mutualiser nos moyens, les plateaux techniques sont devenus si lourds qu’à quelques exceptions près un praticien ne peut plus assumer à lui tout seul ces investissements. Néanmoins, les gestes barrières et la distanciation seront des facteurs de complexification dans la fluidité au sein des cabinets, surtout quand l’accueil et la salle d’attente sont partagés par plusieurs praticiens.

Le Covid-19 est un véritable poison qui va remettre en question de nombreux fonctionnements dans notre secteur mais aussi ailleurs. Selon toute vraisemblance, il sera vaincu, mais nous ne serons jamais à l’abri de l’arrivée d’un nouveau virus. La situation actuelle doit nous servir pour entreprendre les mesures nécessaires afin d’être prêts à lutter en toutes circonstances sans avoir la nécessité de nous arrêter pendant deux mois. Et j’en reviens à l’indispensable adaptation conventionnelle et à des mesures d’accompagnement qui doivent tenir compte de cette situation.

La santé est un droit en France, il est du rôle de l’État de faire en sorte que la sécurité sanitaire des soignants, de leur personnel et des patients soit assurée, et de permettre aux professions libérales réglementées comme la nôtre de remplir cette mission essentielle de santé publique. Et au-delà, de sauver toute la filière dentaire, donc aussi les magazines comme le vôtre.

 

A.T