Comprendre les effets du bisphénol A

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Interdit depuis janvier 2011 en Europe, le bisphénol A continue d’intéresser les chercheurs pour lui trouver des alternatives.

Des chercheurs de l’Inserm et du CNRS à Montpellier ont étudié au niveau moléculaire les interactions entre le BPA, ses dérivés et le récepteur des œstrogènes, une de ses principales cibles. Dans cette étude publiée dans PNAS, les chercheurs décrivent pour la première fois le mode d’action de ce composé à l’échelle moléculaire et présentent un outil bio-informatique capable à la fois de prédire son interaction avec le récepteur en 3D, et d’évaluer les liaisons de potentiels substituts à ce récepteur. Ces résultats permettront à terme d’orienter la synthèse de nouveaux composés conservant leurs caractéristiques industrielles mais dénués de propriétés hormonales.

En associant des approches complémentaires de biologie cellulaire et structurale, deux équipes montpelliéraines ont montré comment le BPA et ses dérivés interagissent avec le récepteur des œstrogènes et modulent son activité. Les chercheurs ont d’abord montré, par des tests biologiques, que les régions du récepteur activées par la liaison des bisphénols A, AF et C diffèrent de celles activées par l’estradiol, l’hormone qui s’y fixe naturellement.

Pour savoir comment les bisphénols se fixent au récepteur des estrogènes, ils ont caractérisé au niveau atomique l’interaction par cristallographie aux rayons X. Cette technique, qui a recours à des instruments de pointe tels que le synchrotron ESRF de Grenoble, consiste à obtenir un cristal de protéines (ici d’1/10e de mm) à partir des composés à analyser et de l’éclairer par un faisceau de rayons X afin d’en déterminer la structure atomique.

Contrairement aux modèles théoriques conçus à partir de l’analogie avec la structure du récepteur en présence de l’estradiol, le résultat issu de l’analyse cristallographique a permis de visualiser en 3D les structures réelles, très précises du mode de liaison bisphénol-récepteur. À partir de ces résultats, les chercheurs ont développé un outil bio-informatique capable de prédire les interactions entre les bisphénols et leurs différents récepteurs cibles (récepteurs des œstrogènes, des androgènes et le récepteur apparenté au récepteur des œstrogènes g).

« Nous poursuivons actuellement notre travail pour mettre au jour les structures cristallographiques avec d’autres perturbateurs endocriniens, tels que les alkylphénols, les pesticides, les parabènes ou encore les benzophénones, et ainsi étendre notre programme informatique à ces polluants environnementaux. La mise à disposition de ces résultats devrait également faciliter l’évaluation du caractère “perturbateur endocrinien” de l’ensemble des molécules visées par la réglementation REACH (140 000 composés) », concluent les chercheurs.