Le groupe EDP et le numérique : toute une histoire !

Alain Baudevin, directeur opérationnel d’EDP Santé revient sur l’implication du groupe éditeur d’Indépendentaire dans le numérique et pose un regard optimiste et lucide sur l’avenir de la presse scientifique, académique et professionnelle. Entretien.

EDP Sciences est une entreprise fondée notamment par des physiciens du siècle dernier. Le passage au numérique a-t-il représenté un challenge pour cette entreprise centenaire ?

Alain Baudevin : Le numérique au sein du groupe EDP représente toute une histoire, riche, dynamique et passionnante ! Nos contenus ont été mis en ligne dès la création d’Internet. Il faut garder en tête que les actionnaires majoritaires d’EDP sont les membres de la Société française de physique et que ce sont ces mêmes physiciens qui sont à l’origine du Web. En effet, on l’oublie parfois mais Internet est né dans les années 90 pour partager sur un seul réseau toutes les informations des physiciens du CERN et pour faciliter leur communication et leurs travaux.

Aujourd’hui, sur l’ensemble de notre offre numérique nous proposons plus de 400 000 articles scientifiques et médicaux, 200 sites internet différents qui accueillent chaque année plusieurs millions de visiteurs. Nous publions aujourd’hui 55 journaux scientifiques, soit environ 60 000 pages par an. Tous sont en version électronique. La diffusion de nos livres scientifiques et médicaux passe aujourd’hui également par le numérique ; outre la présence sur les congrès nous proposons nos ouvrages via deux boutiques edition-sciences.com et bien sûr librairie-garanciere.com qui est un véritable succès. Autant dire que notre expertise et notre légitimité dans le domaine sont solides !

La diffusion de la connaissance est l’une des missions historiques du groupe, comment se perpétue-t-elle aujourd’hui ?

Alain Baudevin : Nous nous adaptons aux nouvelles technologies et aux nouveaux modes d’utilisation des médias d’information, mais la diffusion de la connaissance et du savoir reste notre moteur. Le numérique permet notamment de lutter contre l’« infobésité » et de choisir au mieux les contenus et informations dont nous avons besoin à un moment précis. C’est un outil efficace, rapide et interactif, complémentaire des éditions papier qui ont encore un rôle majeur à jouer.

EDP propose via EDP Dentaire un site portail regroupant en un espace tous les sites de vos revues dentaires, qu’est-ce qui caractérise cette offre ?

Alain Baudevin : Dans le domaine dentaire spécifiquement, nous sommes fiers de notre position de leader avec notre offre à la fois multiple et complémentaire. Nous sommes le seul site de la profession certifié OJD qui garantit à nos partenaires un niveau de visitorat. Si nous la détaillons, nous présentons un portail généraliste avec une veille de l’actualité du secteur, des articles de fond, des articles scientifiques, des cas pratiques, de l’événementiel, des vidéos, des interviews, mais aussi des flux RSS des acteurs du secteur ainsi qu’un groupe tweeter spécialement dédié au dentaire… Pour répondre aux préoccupations quotidiennes des chirurgiens-dentistes et professionnels du dentaire, nous avons lancé une rubrique petites annonces, avec des petites annonces vérifiées. C’est-à-dire qu’elles sont aussi bien actives que récentes : les sites qui avancent des centaines voire des milliers d’annonces ne trompent plus personne désormais, bien souvent les annonces sont caduques, les cabinets vendus, les postes pourvus… le temps des praticiens et de leurs assistantes est précieux, pas question de leur en faire perdre en les lançant sur de fausses pistes ! Les résultats de nos petites annonces sont excellents, aussi bien en ce qui concerne l’offre que la demande, tous les retours utilisateurs sont bons et nous en sommes très fiers.

Aux côtés de ce portail, vous avez aussi récemment lancé un réseau social : pouvez-vous nous expliquer cette stratégie ?

Alain Baudevin : Cela représente effectivement un autre volet de notre offre numérique dont le succès nous a également convaincus de l’appétit du secteur pour Internet. Dento-réseau est le premier et unique (sous cette forme) réseau social de la profession. Nous n’avons pas voulu lancer un nouveau forum sur lequel les utilisateurs pourraient anonymement se défouler, mais plutôt initier un lieu d’échange professionnel pour les praticiens de façon individuelle, comme pour leurs associations, pour les organisations professionnelles. L’idée est aussi bien de retrouver ses anciens camarades de fac perdus de vue, que de poser des questions sur le nouvel équipement CAD/CAM, soumettre au réseau un article intéressant, débattre sur les sujets qui divisent, communiquer avec les confrères de la région. Nous avons près de 2 000 praticiens qui sont membres du réseau, le taux de fréquentation est excellent… même si nous remarquons que les contributeurs sont peu nombreux et que la majorité des membres reste encore discrète, ce réseau social est actif et très prometteur !

En ce qui concerne l’académique, les magazines du groupe sont également présents ? Alain Baudevin : Naturellement ! Nous avons des sites académiques dans le domaine de l’omnipratique avec les AOS (dont l’intégralité du contenu est mis en ligne en accès libre), Médecine buccale et chirurgie buccale tant pour les articles que pour les proceedings de congrès, pour l’orthodontie le site de la RODF et celui de l’Orthodontie française, de ROC, qui côtoient le Journal of dentofacial anomalies and orthodontics hébergé chez Cambridge University Press… En un mot, tous nos magazines papier bénéficient d’une présence en ligne plus ou moins forte selon le modèle économique du titre. Nous publions aussi de très nombreuses e-news pour l’académique mais aussi sur le portail général, il suffit d’aller sur les sites pour s’y abonner gracieusement.

Question mobilité, que proposez-vous aux praticiens ?

Alain Baudevin : Nous avons pris le parti des tablettes pour le confort de lecture et la qualité d’affichage (très important pour les articles cliniques, les cas pratiques) et avons choisi de ne pas décliner cette offre aux Smartphones, très décevants pour la lecture de nos contenus. Nos applications pour tablettes permettent de retrouver en ligne les versions de nos revues Indépendentaire, naturellement, Orthophile, Dentoscope et AOS. Nous proposons des abonnements groupés, gratuits ou payants selon la revue. Cette migration vers le numérique ne se fait pas au détriment du papier auquel nous croyons encore fermement. Le print, qui bénéficie d’une très forte crédibilité, a encore de beaux jours devant lui ! Les lecteurs de nos supports passent de l’un à l’autre, sans avoir forcément envie de choisir. Le numérique et le papier sont aujourd’hui complémentaires et différents. On constate en effet que l’offre numérique n’éteint pas l’offre papier, au contraire, rares sont les abonnés qui choisissent le numérique seul et la plupart de nos abonnements au magazine papier se font via Internet ! Nous voulons fournir des outils pour tous, pour transmettre les informations à tous niveaux, académique, industriel, pratique, communautaire…

Quelles sont les prochaines évolutions que nous allons découvrir autour du numérique ?

Alain Baudevin : Nous allons nous investir plus massivement dans la mise en ligne de vidéos, mais aussi de webinars avec une accélération de nos actions en ce qui concerne la formation, en laquelle nous voyons une façon complémentaire d’apporter de l’information et du partage de connaissance, notre cœur de métier.