Entretien avec Drs Jean-Baptiste Bohl et Philippe Pirnay

 

« La peur du dentiste » : c’est le titre de l’ouvrage co-écrit par les Drs Jean-Baptiste Bohl et Philippe Pirnay. Aujourd’hui, selon eux, une personne sur deux a peur d’aller chez le dentiste. Face à ce constat, les coauteurs ont souhaité donner des pistes de réflexion aux praticiens. Le but : mieux comprendre l’odontophobie pour mieux accueillir, rassurer et soigner le patient. Explications.

Indépendentaire : Quelle est la genèse de votre ouvrage ?

Philippe Pirnay et Jean-Baptiste Bohl : Nous faisons partie de la même faculté de chirurgie dentaire et nous travaillons dans le même service d’odontologie : ce qui nous a conduits à nous retrouver dans le laboratoire d’éthique médicale de la faculté de médecine de l’Université Descartes. À ce titre, nous avons développé une recherche centrée sur l’amélioration de la prise en charge du patient lors des soins bucco-dentaires. Le thème de l’odontophobie nous est alors apparu comme une évidence.

Comment vous êtes-vous organisés pour écrire cet ouvrage ?

P.P et J-B.B : Comme beaucoup d’ouvrages écrits par plusieurs auteurs ; ce travail est le résultat de réunions, de rencontres, de recherches, d’échanges et… surtout, de très bons moments pendant lesquels deux praticiens de générations différentes ont apporté leurs réflexions, leur sensibilité, et leurs points de vue. Cet ouvrage est l’aboutissement de nos deux réflexions sur ce sujet.

Quel est le but d’un tel ouvrage ? Peut-il être un mode d’emploi contre la peur du patient pour la profession ?

P.P et J-B.B: Oui cet ouvrage est dédié à la profession, il cherche à aider nos confrères pour une prise en charge souvent difficile de ces patients. Plutôt qu’un mode d’emploi, il s’agit avant tout d’un état des lieux des solutions existantes, pouvant atténuer pour nos patients la crainte de nos soins, et pour le praticien, gagner en bien-être et satisfaction.

La première page de votre ouvrage évoque un jeune garçon de 12 ans qui prétend avoir été kidnappé pour finalement ne pas se rendre chez son chirurgien-dentiste ? Jusqu’où peut aller la peur chez un patient ?

P.P et J-B.B : Il s’agit d’une histoire assez extraordinaire qui nous a paru suffisamment révélatrice de la souffrance d’un patient qui a « peur du dentiste » pour arriver à cette situation extrême. La peur peut aller notamment jusqu’au refus de soin, l’acceptation de la douleur dentaire continuelle, de l’édentement inesthétique, et… au point de mettre sa santé en danger.

Quels sont les fondements de la peur du dentiste chez le patient ? Pouvez-vous nous en expliquer les mécanismes ? Qu’en est-il du rôle du chirurgien-dentiste en tant que tel ?

C’est exactement ce que nous cherchons à expliquer dans notre ouvrage. Nos confrères pourront comprendre les fondements de la « peur du dentiste » et ses mécanismes. C’est cette compréhension qui permet au praticien de pouvoir traiter ses patients, et de leur proposer des solutions thérapeutiques. Vous avez raison d’évoquer dans votre question le rôle du chirurgien-dentiste qui est particulièrement important : c’est lui qui détient la clef pour déverrouiller le blocage du patient. Il faut en être persuadé, « la peur du dentiste » n’est pas une fatalité ; nous l’expliquons dans l’ouvrage.

Pouvez-vous nous parler des raisons pour lesquelles le chirurgien-dentiste véhicule une telle image ? Ces raisons ont-elles évolué au fil du temps ?

Nous commençons l’ouvrage en expliquant l’évolution de l’image du chirurgien-dentiste au fil du temps. Nous l’avons notamment abordé à travers le prisme de l’histoire, de la littérature, du théâtre, du cinéma, mais aussi des représentations religieuses.

Quelles solutions l’ouvrage permet-il d’apporter aux praticiens pour réduire le plus possible la peur de leur patient ?

Les solutions pour réduire la « peur du dentiste » sont patient dépendant. C’est pourquoi, nous avons cherché à présenter dans l’ouvrage celles qui sont faciles à mettre en œuvre, et celles qui nécessitent des formations spécifiques.

Qu’en est-il aujourd’hui de l’absence de consensus à propos de ces différentes techniques ?

Il est vrai que certaines techniques ne bénéficient pas d’un consensus scientifique mais nous avons pris le parti de les présenter : pourquoi nous les refuser alors qu’elles permettent, sans risque apparent médical, d’apporter des bienfaits, un certain bien-être dans la réalisation des soins, et une meilleure acceptation des traitements ?

Quelle est celle la plus en vogue actuellement et /ou la plus utilisée par les chirurgiens-dentistes ?

À notre connaissance, il n’existe pas d’étude qui puisse répondre précisément à votre question. Mais nous sommes persuadés que tous les praticiens sont confrontés à ces patients qui refusent les soins, à ceux qui ne peuvent pas dormir la veille d’un rendez-vous dentaire, à ceux qui manquent leur rendez-vous parce qu’ils ne surmontent pas leur angoisse, à ceux qui montrent une forme de violence face à la réalité de leur bouche et des besoins en soins. Certains praticiens vont alors systématiquement prémédiquer leurs patients. D’autres ont choisi la communication, l’écoute, la psychologie ou des méthodes alternatives : notre ouvrage permet à chacun d’en avoir une vue d’ensemble, de s’en faire sa propre opinion. C’est pourquoi, la deuxième partie de l’ouvrage est pratico-pratique ; nous allons à l’essentiel pour chaque solution thérapeutique proposée, afin que tout chirurgien-dentiste puisse y réfléchir et améliorer sa prise en charge personnelle.

Quelles est (sont) celle(s) que vous conseilleriez aux praticiens de façon générale ?

Nous nous garderons de donner des leçons. En revanche, nous espérons qu’à travers ce livre, nos confrères trouveront des solutions car il s’agit avant tout de ne pas laisser pour compte les patients qui ont besoin de soins, et qui souffrent. Mais cette souffrance est aussi partagée par des praticiens qui se sentent démunis face à ces patients dont l’état bucco-dentaire se dégrade, et pour lesquels ils pensent avoir déjà tout tenté. L’ouvrage permet de mieux comprendre le cercle vicieux de la « peur du dentiste », de mieux appréhender les raisons de cette peur, les symptômes physiques, psychologiques et physiologiques du patient confronté à l’angoisse, à l’anxiété, ou à la phobie de nos soins et de nos cabinets. Notre comportement, nos gestes, notre communication, et l’environnement du cabinet ; tout cela doit aussi être pris en compte…

L’OUVRAGE La peur du dentiste

Une personne sur deux a peur d’aller chez le chirurgien-dentiste. Pourtant, aujourd’hui, les soins sont beaucoup plus « confortables » et le patient devrait être rassuré... C’est dire si les réactions de nos patients face à la peur n’ont pas fini de nous étonner ! Certains des patients que nous recevons souffrent d’une angoisse, d’une crainte ou d’une peur des soins dentaires. Cette souffrance -consciente ou inconsciente- peut se surajouter à la douleur physique d’une pathologie bucco-dentaire existante. La relation de soins en est parasitée et le chirurgien-dentiste peut alors rencontrer des situations de blocage qui l’empêchent de mener à bien les traitements nécessaires. Forts de ce constat, les auteurs de ce livre ont voulu comprendre l’origine de « la peur du dentiste » et les raisons de l’anxiété des patients. Ils ont étudié et collecté les moyens de réduire cette peur. Cependant, ce livre n’est pas un livre de recettes car on ne traite pas l’homme en général mais l’individu en particulier... C’est pourquoi P. Pirnay et J.-B. Bohl ont cherché à faire un état des lieux des aides thérapeutiques, des techniques éprouvées ou qui demeurent encore sujettes à caution, pour aider le praticien à mieux comprendre son patient et contribuer à diminuer ou apaiser son anxiété : médicaments, homéopathie, acupuncture, hypnose, musicothérapie et même aquarium, ils donnent des conseils et des pistes afin d’accueillir son patient en toute sérénité.

 

Editions CdP - 29 € - Disponible sur www.librairie-garanciere.com