Le grand méchant look

Le grand méchant look

L’habit fait (malheureusement ?) le moine, contrairement au proverbe. Votre look aura donc une influence déterminante sur votre patientèle. Sur quels critères objectifs se baser pour contrôler son image ? Conseils de relookeurs professionnels.

Que penseriez-vous si vous rencontriez un chirurgien dans un hôpital habillé en blouse noire ? Ou un kiné en tenue camouflée ? Une sage-femme avec des couettes ? Un notaire avec un piercing au sourcil ?... Avouons-le, nous sommes tous sensibles aux apparences, même si nous nous en défendons. Cela fait bien longtemps que les êtres humains ne s’habillent plus pour se protéger du froid ou cacher leurs parties génitales.

L’habillement sert aujourd’hui à communiquer avec ses semblables pour leur dire qui on est, ou qui on voudrait être. Même les hommes les plus réfractaires à la mode n’osent se vêtir des mêmes costumes à carreaux et à larges cols qu’ils affectionnaient dans les années 70. Ou alors, c’est qu’ils tiennent à communiquer un message clair à leurs contemporains.

La force des messages inconscients

À chaque vêtement, couleur, style correspond une image perçue (presque inconsciemment) par les patients qui vont « cataloguer » la personne en question. Le niveau de conscience de décodage dépend de l’intérêt que l’on développe pour contrôler sa propre apparence, mais il existe toujours dans les couches profondes de notre inconscient.

Toutes les études le montrent comme la célèbre démonstration de Kleinke (1977) qui prouve que, lors d’une simulation de mendicité réalisée par ses étudiants sur le terrain, les dons sont 2,5 fois plus élevés quand les pseudo-mendiants présentent un aspect vestimentaire propre plutôt qu’une tenue sale ou négligée. C’est-à-dire que le look déforme notre perception objective jusqu’à donner plus d’argent aux personnes qui en ont apparemment le moins besoin !

Contrôler l’image du cabinet

Contrôler la tenue vestimentaire des personnels du cabinet permet donc de contrôler l’image passive que le cabinet envoie à ses patients. Ainsi, les blouses aux couleurs passées exprimeront une image de lassitude, comme les imprimés trop chargés une impression de surexcitation peu propice à la confidence et à la décontraction. De même, les tissus trop travaillés laisseront une impression de manque d’asepsie, de même que les vêtements de ville qui dépassent trop souvent des blouses. Parmi les erreurs le plus souvent constatées, notons le port de la cravate sous la blouse.

Cette habitude, venue des États-Unis, se fonde sur une étude de Geen et Gies (1973) où ces spécialistes des sciences du comportement ont mis en valeur qu’un enquêteur portant une cravate voyait sa requête plus favorablement acceptée (70 %) que s’il n’en portait pas (40 %) avec pourtant une tenue vestimentaire identique. Les chirurgiens-dentistes américains ont depuis quasi systématisé cet attribut qui nous semble non seulement dépassé, mais de plus inadapté au milieu médical.

Il en est de même sur les études montrant que la couleur perçue par le grand public comme symbolique du propre était le blanc. Mais de là à en conclure que le blanc est la seule couleur crédible pour le personnel médical... il y a abus d’interprétation. La montre, surtout de marque prestigieuse, et même « cachée » sous les gants ne fait pas partie des signes apportant crédit à un chirurgien-dentiste.

De nombreuses possibilités

Les fournisseurs de tenues professionnelles rivalisent de créativité pour nous proposer des looks actuels et variés. Mais il est également possible de personnaliser son look en détournant des vêtements de la vie de tous les jours pour les utiliser en vêtement professionnel. La condition sine qua non reste que le patient ne doit à aucun moment s’imaginer que son praticien peut porter l’un de ses accessoires dans la vie courante.

Le polo « Lacoste » par exemple est décliné en 14 couleurs, permettant à l’équipe du cabinet de changer tous les jours de ton. Le fait de voir toute l’équipe avec cette sorte d’uniforme évite au patient d’imaginer que ce sont là des vêtements personnels. De même, le jean, numéro 1 des ventes mondiales, pour ses qualités de confort et de durabilité, reste conforme aux critères s’il est choisi en blanc.

Il pourra être porté tel quel pour l’accueil des patients, les premiers rendez-vous, les présentations des plans de traitement, les négociations financières et être revêtu d’une blouse « professionnelle » pour le travail au fauteuil.

Ce que doivent dire vos vêtements

Dans un cabinet dentaire, les impressions véhiculées par le look se synthétisent en sept mots-clés :

1 - Professionnalisme : Il nécessite un vêtement associé à la chirurgie, l’acte médical, que le patient ne soupçonne pas pouvoir être porté en dehors du cabinet.

2 - Rigueur : Le travail pratiqué au sein du cabinet est précis et minutieux pour que le patient en soit convaincu ceci nécessite une apparence irréprochable.

3 - Asepsie : La couleur (attention aux motifs trop bruyants), l’aspect (repassé, propre) et la forme (protection) doivent rassurer le patient sur le respect des normes d’hygiène.

4 - Sérénité : Le patient arrivant au cabinet est généralement stressé et anxieux, le choix des couleurs et des matières du vêtement va influencer son état.

5 - Convivialité : Le vêtement du « quotidien » détourné et adapté à la pratique dentaire va permettre de construire une relation plus fluide, moins distante.

6 - Réconfort : L’angoisse du patient est telle qu’il a besoin d’être rassuré, une tenue « décontractée » va amoindrir son inquiétude.

7 - Modernité : Le patient peut s’imaginer que les techniques protocoles, instruments utilisés par le praticien sont du même type que ce qu’il perçoit de son look.