Le découvert bancaire professionnel : un fonds de secours

Le découvert bancaire professionnel : un fonds de secours

Découverts conjoncturel, stable ou en augmentation… Plusieurs solutions bancaires sont envisageables. Le découvert bancaire professionnel, destiné aux professions libérales, est une possibilité d'endettement dans laquelle le praticien pourra puiser suivant ses besoins.

« Chaque année, j'ai 5000 euros de frais bancaires, 3000 de découvert mensuel pour un chiffre d'affaires de 130 000 euros et 7 000 de charges. Mes décalages de trésorerie sont structurels et j'ai besoin de sécuriser le financement de ces besoins de trésorerie.  » Lorsque le Dr Richard exprime la situation financière de son cabinet à son banquier, celui-ci lui propose alors un découvert bancaire professionnel pour en diminuer le coût et prévenir les rejets de chèques - c'est un crédit à durée indéterminée utilisable par le débit du compte courant professionnel.

« Le découvert bancaire professionnel a un taux variable qui est indexé au taux de base bancaire, majoré d'une marge plus ou moins importante, perçue par la banque en fonction de la situation financière du cabinet », précise Édouard Tran Son Tay, directeur de banque pendant vingt ans et aujourd'hui conseil financier auprès des PME. Ce crédit est facile à mettre en place, si votre affaire le 'vaut bien' ! Il est donc tentant d'y recourir, mais l'utilisation mal maîtrisée de ce type de crédit peut être source d'incompréhension et de difficultés pour l'entrepreneur.

Le découvert, le crédit bancaire le plus onéreux pour l'entrepreneur

La majorité des besoins d'investissements des professions libérales (investissements en matériels, travaux d'agencement ou de rénovation du cabinet, acquisition de mobilier…) trouve son financement via des crédits bancaires à moyen ou long terme appropriés. Pour certaines professions, le banquier est même disposé à mobiliser les créances sur les clients et à financer une partie des stocks, c'est-à-dire qu'il met en place des crédits bancaires à court terme destinés à permettre à l'entrepreneur d'obtenir des fonds avant que les clients ne le paient, moyennant - bien entendu - des intérêts bancaires! De ce fait, le découvert est considéré par le banquier comme un crédit d'appoint et ne peut financer que de légers décalages de rentrées d'argent. Son utilisation permanente est jugée comme un signe de difficultés structurelles, et le banquier a la crainte de financer vos pertes via le découvert.

Paradoxalement, il est pourtant indispensable de négocier une ligne d'autorisation de découvert, surtout si votre cabinet est en bonne santé financière, vous obtiendrez alors de bien meilleures conditions que si votre affaire a des difficultés de fonds. « Cette démarche vous permettra de tester votre banquier par la même occasion, relève Édouard Tran Son Tay. S'il vous refuse une autorisation de découvert quand votre affaire est en bonne santé, qu'adviendra-t-il le jour où vous aurez vraiment besoin de lui ? En cas de refus, envisagez de travailler avec un autre établissement… »

Une solution à deux types de découvert

Du plus conjoncturel au plus ancré, trois natures de découvert existent. Les deux premiers peuvent se résoudre par la mise en place d'un découvert professionnel.

  • Des événements coûteux, simultanés mais non réguliers engendrent un découvert dit conjoncturel. Par exemple : une panne de radio doublée du départ de la secrétaire. La solution à cette situation, très stressante mais limitée dans le temps, est un découvert ainsi que la constitution d'un fonds de roulement. Si les fonds ne sont pas disponibles, un prêt de trésorerie avec un taux négocié est une autre solution de découvert ponctuel.
  • Un découvert régulier est dû à une insuffisance constante de trésorerie qui génère un découvert mensuel stable, symptôme d'un équilibre financier fragile. La solution est un découvert professionnel et une bonne connaissance de l'activité qui permettront d'anticiper les mois où les entrées seront inférieures aux sorties.

Les limites du fonds de secours

  • Le troisième type de découvert est défini par sa constance et son augmentation.

Il est créé par des dépenses supérieures aux recettes. Le découvert professionnel ne suffit évidemment pas à le résorber. Le déséquilibre advient soit lorsque le montant des crédits est excessif, soit lorsque le banquier n'accorde plus de nouveaux crédits. Pour sortir de cette situation problématique, il est nécessaire de faire un réel point sur les recettes et les dépenses avec son expert-comptable. Pour retrouver un peu de marge de manœuvre, il est également possible de rééchelonner son crédit à court terme et pour le transformer en crédit à long terme grâce à des organismes partenaires de banques.

Les critères d'attribution

L'ouverture n'est pas automatique, car le montant du découvert bancaire dépend de plusieurs facteurs ; le banquier agit en gestionnaire avisé ! Il jauge les gains escomptés par le cabinet pour estimer combien il peut lui rapporter avec un minimum de risque. Ce faisant, il évalue alors la solvabilité de l'entreprise : son analyse porte sur le niveau d'endettement, la capacité de remboursement et le potentiel bénéficiaire du cabinet. En outre, le banquier accorde plus aisément un découvert bancaire aux cabinets ayant une bonne récurrence de revenus. « La présence du compte personnel du praticien dans l'agence bancaire qui gère le compte professionnel n'est jamais un handicap pour obtenir un découvert, bien au contraire ! », conseille Édouard Tran Son Tay. Le découvert bancaire professionnel est alors autorisé (ou non) par la banque, selon les modalités indiquées dans la convention de compte professionnel lors de l'ouverture de celui-ci.

Une négociation face-à-face

« Le découvert professionnel est, en réalité, un crédit court terme à taux d'intérêt variable. Les intérêts qualifiés d'agios sont calculés mensuellement ou trimestriellement, en appliquant le taux d'intérêt, au montant moyen du découvert utilisé au cours de la période de référence retenue - mois ou trimestre, N.D.L.R. -, explique Édouard Tran Son Tay. La négociation du découvert est à mener aussi bien sur le montant, le taux, les frais, la durée (généralement un an reconductible) et les garanties. Un découvert bancaire se négocie directement avec son banquier, le dossier peut être préparé avec l'aide d'un professionnel (conseiller financier ou expert-comptable), toutefois la négociation est impérativement menée par le praticien lui-même. »

Le découvert peut aider à sortir provisoirement des difficultés, mais il ne représente pas une issue pour sortir d'une situation déjà aggravée. Rien ne saurait remplacer une gestion saine de trésorerie et un modèle économique qui permettent d'éviter les décalages de rentrées de fonds ! Pour cela, une mise au point avec son expert-comptable s'impose.

Retrouvez l'intégralité de cet Article dans Orthophile n°16