Zoom sur la prophylaxie - Mieux vaut prévenir ?

Tout l’édifice public de l’exercice de la santé repose sur… la maladie (et sur les façons de la soigner). En France comme ailleurs, l’exercice médical est basé sur une pratique essentiellement curative. Lorsque l’on devient un soignant, et ce quelle que soit la discipline, il est plus fréquent de rêver de sauver les autres de la maladie, que de faire en sorte que cette maladie n’arrive pas. Savoir guérir de la maladie est une noble et belle chose, et il en est de même de protéger d’un mal qui, si l’on est efficace, n’arrivera pas. Même si cela tend, doucement, à se nuancer, celui qui guérit est encore plus reconnu que celui qui prévient. Ce dossier s’intéresse à cette mission essentielle, mais ingrate : la prévention.

Le Docteur Patrick Hescot, président de la FDI, expert OMS déclarait dans nos colonnes (Indépendentaire n°31, octobre 2005, Tribune libre, page 09) : « Deux cas de figure s’offrent à nous : soit le patient est en bonne santé et nous nous devons de lui proposer un contrat pour RESTER en bonne santé y incluant tous les actes de prophylaxie [possibles]. Soit notre patient est en mauvaise santé et nous devons avec lui rechercher avant tout les causes de sa maladie et envisager avec lui non pas une réparation mais un Contrat de soins dentaires qui inclura soins, prothèse et maintenance… et prophylaxie ! ». La prophylaxie, une compétence clé du praticien s’impose également aujourd’hui comme un véritable facteur de réussite pour le cabinet. La prophylaxie dentaire occupe une place importante dans le secteur de la santé buccale, comme l’Institut des dentistes allemands (IOZ) l’a constaté : « En Allemagne, le chiffre d’affaires des actes de prévention est passé de 40 milliards d’euros en 1998 à 90 milliards d’euros 10 ans plus tard. Cette augmentation suivrait la sensibilisation croissante de la population au rôle que joue la santé buccale pour la santé en général et la qualité de vie. On constate en parallèle, une plus grande acceptation des actes non remboursés, ce qui permet aux spécialistes de tabler pour les prestations de prophylaxie sur une augmentation annuelle d’environ 2,4 % jusqu’en 2030 (cette tendance étant par ailleurs susceptible de se renforcer en raison de l’évolution démographique marquée par une population vieillissante). » On observe pour accompagner cette croissance, une demande grandissante de traitements préventifs de la part des patients.

Le diagnostic professionnel

L’industrie dentaire l’a bien compris qui soutient efficacement la prophylaxie en dentisterie. Depuis des années, elle fournit un travail considérable de recherche sur les pathologies buccales et la mise au point de procédés thérapeutiques, en coopération étroite avec les milieux scientifiques. Les modèles de prévention modernes permettent un suivi plus efficace en matière d’hygiène dentaire après les interventions prothétiques, implantaires ou endodontiques.

Les chirurgiens-dentistes ont accès à l’ensemble des mesures de prophylaxie professionnelles pour spécialiser et étendre leur arsenal thérapeutique et leur catalogue de prestations (voir notre rubrique de nouveautés produits en page 26 de ce magazine). Nous le savons, l’accompagnement préventif par le chirurgien-dentiste et l’implication de toute l’équipe soignante sont indispensables pour préserver les dents naturelles des patients toute leur vie. Les mesures de prévention sont encouragées par l’industrie dentaire, qui perfectionne ses systèmes de traitement complets. Ce sont surtout les patients présentant un risque élevé de carie ou de parodontite, présentant une hygiène buccale insuffisante ou ayant subi de nombreuses restaurations, qui profitent des nombreux perfectionnements ou nouveautés, voire de méthodes revues en profondeur, comme le renouvellement des appareils de sablage. Les mesures de prévention antibactérienne peuvent aussi favoriser de façon décisive la réussite des traitements orthodontiques ou de chirurgie orthognatique, du suivi des traitements implantaires, etc. La prophylaxie dentaire repose également sur une panoplie d’outils diagnostiques de très haute technicité, le cabinet dentaire ayant recours aujourd’hui aux méthodes modernes à la fois d’analyse et d’imagerie. Il s’agit, outre les procédés classiques, de caméras intra-orales haute définition, de caméras par fluorescence, de systèmes de radiographie 3D et du scanner. De plus, des fabricants spécialisés proposent des systèmes de diagnostic faisant appel à la biologie moléculaire ou à la biochimie, qui permettent, en cas d’affections buccales, d’identifier les germes responsables et d’analyser les risques individuels.

La santé buccale et la santé « générale » sont intimement liées et les patients en prennent de plus en plus conscience. Les professionnels de la formation, des praticiens passionnés comme l’industrie dentaire proposent une grande diversité de possibilités de formation continue (voir nos pages Agenda, page 104). Une équipe de prophylaxie bien formée peut procéder en amont à une évaluation fiable des risques individuels et améliorer de manière considérable la santé du patient. Cela incite les patients à respecter les rendez-vous de suivi et à pratiquer correctement les soins d’hygiène bucco-dentaire à domicile.

Si l’intérêt en ce qui concerne la mission de santé publique n’est pas contestable (ni contesté par ailleurs), les cabinets se posent la question de la rentabilité des actes de prophylaxie. En un mot, est-il économiquement réaliste pour un cabinet libéral de se mettre à la prophylaxie ? Réhabilité ou sans pathologie « active » que proposer à un patient pour le maintenir en bonne santé bucco-dentaire ? Comment se faire honorer pour cela ? Et comment présenter au patient un devis de prophylaxie ?

Organisation et protocoles

Préparation prophylactique initiale : elle précède tout traitement curatif, et permet d’évaluer le risque carieux et parodontopathique du patient, de le motiver à adopter une hygiène bucco-dentaire et alimentaire préventive, de lui apprendre à contrôler la plaque bactérienne, et d’assurer un minimum assainissement du terrain bucco-dentaire avant de commencer l’étape curative.

Le traitement prophylactique : il s’agit des différents moyens consacrés pour agir contre des éventuels facteurs de risque locaux carieux et parodontopathiques. Cette étape est incluse dans la phase curative (le scellement des sillons profonds, les traitements des surfaces, les traitements chimiques, etc.)

La maintenance : est l’ensemble des moyens consacrés (à l’issue du traitement curatif) pour empêcher un risque de réapparaître (empêcher la récidive, la rechute…).