De l'intérêt de faire preuve de délicatesse

 
De

Dans un article intitulé La philosophie du soin, Céline Lefève, maître de conférences en philosophie de la médecine, retrace l’évolution du soin dans l’histoire de la médecine. Issu de la médecine hippocratique, le soin est d’abord constitutif d’un ensemble humoral (la bile jaune, le sang, la lymphe, la bile noire) lié à un ensemble de qualités (chaud, froid, sec, humide), et se situe dans sa globalité, sa souffrance, non seulement individuelle mais en relation avec l’environnement. Le « therapôn » est l’écuyer d’un guerrier, ce qui donne au thérapeute une mission de servitude, aidant le malade à combattre la maladie.
Étymologiquement, le mot soin possède deux racines latines : sunnia, la nécessité, besoin et sonium, le souci, la préoccupation.

Le saut de représentation s’effectue au Moyen Âge : la nouvelle culture judéo-chrétienne s’impose en mêlant à toutes choses et à tout geste la qualité divine conçue par le clergé. Ainsi, la représentation du corps est devenue une source d’aliénation qui affaibli l’âme, et qui doit être sans cesse l’objet d’une attention vigilante. L’attitude médicale est très peu présente, l’hôpital est le lieu d’accueil des indigents, toutes causes confondues. La souffrance est vécue comme l’expression probante d’une faiblesse de l’âme du pêcheur. La réponse est organisée autour des prières et de la rédemption.

Le retour de la littérature grecque va à nouveau permettre aux occidentaux d’orienter la médecine vers une culture hippocratique. Les chirurgiens (Ambroise Paré, Vésale) et les peintres (Léonard De Vinci) développent alors l’anatomie et de nouvelles conceptions de la guérison. La découverte au XIXe siècle de la responsabilité des organes dans la cause des maladies (Xavier Bichat), oriente cette fois la médecine vers la fonction organique comme cause et remède de la maladie. C’est au cours d’une lente progression unidirectionnelle que la médecine va suivre jusqu’au XXIe siècle le chemin du soin comme acte. De nombreux soignants ont combattu l’idée humaniste que l’être humain n’est pas une machine que l’on répare. Mais, à présent, nous savons qu’il est réducteur de ne soigner qu’un ensemble organique. Désormais, nous ne pouvons imaginer le succès d’un traitement sans l’accompagnement psychologique nécessaire à la mise en œuvre des processus d’action neurobiologiques.

L’importance de « prendre soin »
De là, nous devons déduire une philoso-phie actualisée de la pratique médicale, celle du sens à donner au mot « soin ». « Faire un acte », est-ce équivalent de « prodiguer des soins » ? Cet aspect quantifiable n’a-t-il pas satisfait la comptabilisation de la pratique médicale ? Ne sommes-nous pas parvenus à une limite de l’éthique médicale : l’obsession de l’acte au détriment du sujet ? C’est pourquoi il semble aujourd’hui important de « prendre soin ». C’est une nécessité - sunnia -, et un souci - sonium. Prendre soin, c’est aussi être attentif, manipuler les objets avec précaution, des objets de plus en plus précis et sophistiqués (caméra optique), de plus en plus fragiles en raison de leur haute technologie. Notre attention est également portée sur le souci de travailler en toute stérilité, et en toute sécurité. Prendre soin du patient, c’est s’attacher à son bien-être, se soucier de ses craintes, tant avant les soins que sur les résultats de l’acte, et de ses suites. Une expérience a été menée il y a quelques années. On constitue deux groupes de malades dans un service de gastro-entérologie. Le premier groupe bénéficie d’une ordonnance sans explications à la sortie de l’hôpital. L’autre groupe est l’objet d’une information attentive tant sur l’ordonnance que sur les précautions à prévoir en cas d’incident et de douleur. Le premier groupe subira de nombreux soins post-opératoires tandis que le second reste silencieux, et bien portant…Prendre soin du patient, c’est donc être à l’écoute de ses inquiétudes, non pour le laisser parler de façon inopportune, mais pour lui apporter des réponses. C’est faire preuve d’une attitude délicate, non par gentillesse, mais pour lui indiquer que l’on s’intéresse à lui. Lui donner existence, car c’est ce qui le rassure le plus. Le comportement trop fréquent, de porter attention à l’ordinateur, doit être remplacé par l’attention portée au patient, non seulement à ses organes (dents, gencives) mais à sa personne.

Erreur humaine ?
Les échecs des praticiens sont régulièrement interprétés comme des erreurs techniques et aboutissent à une complexification du protocole opératoire. Il est bien plus simple de se poser la question de l’erreur humaine, de par son propre comportement, et dans la qualité de la relation. En modifiant la relation, le comportement du malade change immédiatement et permet à l'acte de s'effectuer efficacement.

Trois conseils
La voix est très importante. Elle doit être calme, presque monotone, c’est-à-dire ne pas présenter des variations violentes dans l’intensité. Il ne faut pas commencer la phrase comme une apparition par surprise, mais être délicat. Il est préférable de marquer un temps entre deux phrases pour insister sur un mot plutôt que de hausser le ton. Cette activité sera potentialisée par une intention positive plutôt que de prendre un ton grave et menaçant. Le « sourire vocal » devient pertinent en se couplant avec un sourire figuré. Paul Ekman, le spécialiste de l’expression des mimiques faciales, explique que le sourire peut paraître faux très facilement. Il suffit qu’il soit contredit par la voix, par un geste brusque, ou trop rapidement esquissé, par des mimiques asymétriques. Il produit alors l’effet inverse : une méfiance sur les intentions de l’interlocuteur.

Pour lire l'intégralité de cet article Solutions Cabinet dentaire n°15, abonnez-vous ici ou connectez-vous à votre espace