Pire que le stress : le burn-out

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Le stress, tout le monde connaît : cela peut nous motiver ou nous fatiguer, mais cela reste supportable. Le burn-out, c'est une forme de stress extrême qui entraîne l'épuisement. Comment éviter de craquer ?

Le stress au travail dont le burn-out est une composante extrême, touche 30 % de la population en Europe. L'épuisement professionnel est le résultat du stress accumulé petit à petit, contre lequel la personne n'a pas pu mobiliser les bons moyens de défense. Les symptômes sont de deux ordres : l'épuisement émotionnel et la dépersonnalisation.

Des attitudes cyniques et négatives

L'épuisement avance souvent masqué et se traduit par des symptômes variés : on n'est pas dans le tout ou rien. Les sensations de stress et de déprime sont rarement verbalisées et le signe d'alarme le plus fréquent est une fatigue chronique dont on n'arrive pas à se débarrasser. Si vous abordez la rentrée lessivé à l'idée de gérer les rendez-vous ou si vous retrouvez votre assistante, pour- tant compétente, avec accablement, alors le ver est dans le fruit. Autres symptômes inquiétants pouvant vous alerter : les douleurs physiques asymptomatiques (troubles musculo-squelettiques, maux de ventre, maux de tête). Les maux de dos et les acouphènes inexpliqués sont par exemple des troubles révélateurs d'un malaise. Les symptômes d'ordre comportemental quant à eux sont nombreux : agressivité, rigidité, problèmes dans la prise de décision. Celle-ci devient trop lente ou précipitée avec les conséquences qu'on imagine...

La dépersonnalisation se caractérise par des attitudes cyniques
 et négatives envers les patients. La perte de motivation se traduit par un désintérêt pour la personne traitée, confondue avec l'objet du rendez-vous. Le bridge de 15 heures a un nom et une histoire, si vous l'oubliez, c'est mauvais signe. D'autres phénomènes doivent amener à réagir si l'on veut poursuivre son activité professionnelle dans de bonnes conditions : trouver ses patients pénibles et/ou de plus en plus difficiles, zapper des explications utiles, passer d'un patient à l'autre trop rapidement,
se replier sur le volet technique de l'acte pour éviter de les écouter, nier la douleur du patient, avoir un "taux de retour" anormal...

Ce risque d'instrumentation du patient est renforcé par phénomène de contagion qui peut revêtir deux aspects : la fatigue compassionnelle face aux patients en grande détresse et la transmission de l'irritation d'un professionnel à l'autre. Attention au burn-out de votre assistante et de votre collaborateur ! Les médecins et les chirurgiens-dentistes font partie des catégories les plus atteintes par ce phénomène.

Un problème d'ordre relationnel

Les praticiens partagent ce problème avec d'autres professions ; les policiers et les enseignants sont également des catégories à risque dans la mesure où, eux aussi, ont perdu leur aura d'autorité et ne bénéficient plus du respect nuancé de crainte propre aux relations entretenues avec les notables d'antan. Pour eux, comme pour le chirurgien-dentiste, la charge de travail n'est pas véritablement une cause de burn-out, comme on pourrait le penser de prime abord. Le facteur déclenchant est la relation avec les patients : les praticiens souffrent du sentiment de ne pas entretenir une relation équitable avec des interlocuteurs parfois revendicatifs, peu ponctuels ou imperméables aux bases les plus élémentaires de l'hygiène. De nombreux confrères sont persuadés de s'investir davantage en termes d'effort de communication, de souci du travail bien fait, de ponctualité que leurs propres patients désinhibés par une vision consumériste des soins.

Les professionnels de santé libéraux vulnérables sont en situation de "privation relative". Ils ne vont pas si mal objectivement, mais lorsqu'ils se comparent avec d'autres groupes sociaux plus protégés ou moins chargés de responsabilités, ils ont l'impression d'être perdants. Enfin, leurs aspirations ont changé : leur idéal est souvent de moins s'engager dans leur vie profes- sionnelle, de travailler en cabinet de groupe avec des horaires moins étendus... Paradoxalement, ce repli sur la sphère privée est plutôt une cause de burn-out, pas un gage de bien-être, car les relations avec des pairs et les activités extra-professionnelles permettent d'évacuer le stress.

Le tabou de l'argent contribue à compliquer les relations entre les dentistes et leurs patients. D'après les observations de l'auteur, ceux qui bénéficient des chiffres les plus élevés ne sont pas forcément les plus protégés contre l'épuisement : ils sont par- fois écrasés par le besoin de réussir socialement qui joue un rôle de stresseur répété au lieu d'un stimulant. Autres praticiens vulnérables : les débutants. Gare au fossé entre le rêve et la réalité !

Comment éviter le burn-out

Les solutions sont à rechercher autour de trois axes majeurs, la création d'un environnement de travail favorable, le développement d'une activité personnelle gratifiante (cours, club sportif, association...) et, bien sûr, l'établissement de relations équilibrées avec ses patients.

Il s'agit de trouver une solution sur le long terme et non de s'obstiner dans une stratégie de "faire face" qui ne fait souvent que repousser la question.
Avoir un contrôle sur son activité au travail : c'est décider de son amplitude horaire et se livrer à une pratique conforme à sa personnalité. Savoir dire non et connaître ses limites, est-ce si difficile ? On connaît les effets à terme de la tendance à empiler les rendez-vous et à prendre des urgences en fin d'après-midi.

L'exercice dentaire et souvent solitaire empêche d'exprimer ses émotions et de parler de ses problèmes. Avoir une activité collective favorise l'échange d'expériences, ce qui constitue une soupape de sécurité très importante. Le choix dépend de ses centres d'intérêt : formation professionnelle continue, activité syndicale, adhésion à un club sportif, etc. Cependant, les groupes de pairs sont plus efficaces chez les femmes, car les hommes sont culturellement moins habitués à exprimer leurs émotions. En effet, les praticiens les plus actifs sur le plan relationnel sont les mieux protégés contre le burn-out.

Le praticien doit vivre un sentiment de justice dans son travail, ressentir ses relations avec les patients comme équilibrées. L'impression de relations déséquilibrées exerce davantage d'in- fluence sur l'incidence des phénomènes de burn-out que le nombre d'actes ou la durée du temps de travail.

Ne vous focalisez pas trop sur les causes individuelles de l'épuisement, car celui-ci provient fréquemment d'un environnement défavorable et non de l'individu lui-même. Être trop exigeant avec soi-même ne génère pas la performance. Soyez un meilleur compagnon pour vous-mêmes. Ne vous mettez pas la pression, même quand elle vous semble justifiée et surtout... restez cool.