Entretien avec le Dr Gros

Entretien avec le Dr Gilles Gros, docteur en philosophie de l’université Jean Moulin Lyon 3 et docteur en chirurgie dentaire de l’université Louis Pasteur de Strasbourg, diplômé de Santé publique et d’Ethique médicale.

À l’occasion de la parution d’« Histoire des liaisons épistémologiques entre l’art dentaire et la chimie de l’Antiquité à la fin du XXe siècle » de Gilles Gros, rencontre avec son auteur autour de l’histoire, de la philosophie et de la dentisterie.

Commençons par votre profil, atypique dans le paysage dentaire, vous êtes docteur en chirurgie dentaire, docteur en philosophie, diplômé de Santé publique et d’éthique médicale. Comment les différentes disciplines se répondent-elles et comment êtes-vous passé des unes aux autres ? Quelle est votre activité aujourd’hui ?

Dr Gilles Gros : Pour répondre à vos questions, il est indispensable de vous retracer très succinctement mon parcours professionnel et universitaire. J’ai toujours été passionné pour l’omnipratique dentaire mais, après 20 ans d’exercice libéral dans un cabinet rural créé par mes soins, mes réflexions sur l’exercice en zone rurale et sur l’organisation sanitaire de la France m’ont amené à me tourner vers la Santé publique. J’ai ainsi préparé et obtenu successivement deux diplômes universitaires de Santé publique bucco-dentaire, le premier à Lyon, intitulé « De l’analyse à l’élaboration des politiques de santé » et le second à Clermont-Ferrand, intitulé « Initiation à une démarche de santé publique dans le domaine de la santé bucco-dentaire : populations défavorisées et pays en développement ». L’organisation des politiques de santé et mon exercice de praticien-conseil à la MSA m’ont conduit à me poser des questions d’éthique. J’ai donc préparé et obtenu le diplôme universitaire d’éthique de la santé (DUES) à la faculté catholique de médecine de Lille. Cette formation en éthique médicale était assurée par des professeurs de médecine, des professeurs de la faculté de théologie et des professeurs de philosophie, ce qui m’a incité à compléter ma culture philosophique à la faculté de philosophie de Lyon 3 en me spécialisant en philosophie du vivant et en étudiant la philosophie des systèmes. Admis ensuite à entrer à l’École doctorale de philosophie de Lyon, j’ai approfondi mes connaissances en philosophie des sciences et j’ai obtenu mon doctorat de philosophie après avoir soutenu ma thèse intitulée « Histoire et épistémologie de l’art dentaire ». Le lien entre toutes les disciplines de ce cursus universitaire me semble évident, puisqu’elles contribuent toutes à élargir le savoir sous toutes ses formes et à satisfaire une sorte de curiosité universelle, aboutissant à une connaissance de l’homme et de la réalité tout entière. Aujourd’hui, j’exerce ma profession de chirurgien-dentiste conseil à la Mutualité Sociale Agricole (MSA) en donnant des cours de gérodontologie aux élèves infirmiers et aides-soignants, en animant des ateliers du « bien vieillir » et en participant à l’élaboration et à la mise en place de programmes de prévention bucco-dentaire et d’éducation à la santé à la MSA.

Votre ouvrage s’intéresse au lien entre art dentaire et chimie, qu’est-ce qui, dans votre histoire personnelle, vous a poussé à vous intéresser à ce sujet ? Pouvez-vous nous raconter la genèse de cet ouvrage ?

Dr Gilles Gros : Dès ma première année d’études à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, le nom de Pasteur, ce grand savant, chimiste de formation, ne m’a pas été indifférent. J’étais fasciné par les nouvelles perspectives qui s’étaient ouvertes en médecine à partir de ses travaux en chimie, mais aussi de ses recherches et de ses découvertes en microbiologie. Cet intérêt pour Pasteur m’a motivé à me passionner pour la chimie dès le PCEM1 et à suivre avec beaucoup d’assiduité les cours de chimie générale, de chimie organique, de biochimie et de physico-chimie. Ensuite, dès le début de mes études dentaires, les recommandations des professeurs pour manier les produits chimiques avec précaution, et en particulier l’arsenic afin d’éviter les fusées arsenicales, m’ont fait prendre conscience très tôt des risques encourus lors de l’utilisation des produits chimiques ou des médicaments. En même temps, j’ai très rapidement réalisé l’importance prise par la chimie dans la pratique dentaire et dans la constitution épistémologique de l’art dentaire. Alors, plusieurs dizaines d’années plus tard, lorsque je me suis mis à faire l’inventaire des déterminants du développement épistémologique de l’art dentaire, c’est tout naturellement que je me suis particulièrement intéressé à l’un d’entre eux, c’est-à-dire la chimie, et que j’ai décidé d’écrire ce livre.

En savoir plus dans l’article complet « Entretien avec le Dr Gros » dans Indépendentaire n°117 d’avril 2014