La prévention, c'est maintenant ou jamais

Fort d’une expérience de 20 ans dans le domaine du dentaire et auteur de deux ouvrages sur l’organisation et de nombreux articles sur l’ergonomie et la rationalisation du travail, Robert Maccario est reconnu pour son expertise en ergonomie comme en posturologie. Il a créé et commercialisé le Carnet de suivi bucco-dentaire. Il nous donne son point de vue sur la prévention.

Pour adhérer pleinement aux solutions proposées, le patient doit avoir une compréhension globale de ses problèmes. Pour y arriver, le praticien doit faire admettre à ces patients que les problèmes buccodentaires proviennent de trois causes principales :

1. La maladie carieuse, qui est une maladie infectieuse due à des bactéries.

2. La maladie parodontale, qui attaque ses gencives autour des dents ainsi que l’os.

3. Les troubles fonctionnels, problèmes articulaires ou malpositions des dents, mais aussi dents absentes dont il est démontré que cela affecte le reste de l’organisme.

Ensuite, le praticien déploiera une approche globale préventive, qui consiste à agir en 3 étapes :

1. Tout d’abord, évaluer le niveau de risque individuel de chaque patient.

2. Ensuite, réhabiliter le patient selon les données avérées de la science odontologique.

3. Puis, maintenir ce patient en bonne santé bucco-dentaire.

Organisation et protocoles

Il est important tout d’abord de préciser certaines notions afin d’éviter une confusion qui pourrait expliquer une partie des échecs de mise en place :

• La préparation prophylactique initiale : elle doit précéder tout traitement curatif :

- Motiver le patient à adopter une hygiène bucco-dentaire et alimentaire préventive.

- Enseigner le contrôle de plaque.

- Assainir le terrain bucco-dentaire avant de commencer l’étape curative.

• Le traitement prophylactique : il s’agit des différents moyens pour agir contre d’éventuels facteurs de risque locaux carieux et parodontopathiques. Cette étape est incluse dans la phase curative (le scellement des sillons profonds, le traitement des surfaces, etc.)

• La maintenance : c’est l’ensemble des moyens consacrés (à l’issue du traitement curatif) pour empêcher la réapparition du risque. Le contenu de chaque séance, ainsi que la périodicité, dépend de l’implication du patient et de son niveau de risque.

La préparation prophylactique initiale devrait être proposée à tout patient fréquentant le cabinet, hormis les patients sains. En revanche, les séances de maintenance devraient être systématisées sans aucune exception. L’objectif étant de sortir le patient du rituel détartrage qui n’apporte aucune solution, et ne fait que conforter le patient dans le sentiment qu’il agit au mieux.

Attention, il est absolument nécessaire de maintenir un certain équilibre dans votre exercice, la prévention doit rester complémentaire à votre activité « cœur de métier ». Aussi vous avez intérêt à déléguer dans la mesure du possible et du respect de la déontologie le rôle pédagogique dans les séances de prophylaxie à votre assistante dentaire, après l’avoir formée bien entendu. Que ce soit dans la séance de préparation prophylactique initiale ou dans la séance de maintenance, le rôle pédagogique de l’assistante est primordial (contrôle de plaque, brosse à dents, fil dentaire, brossette interdentaire, test salivaire, révélateur de plaque, indices d’évaluation de plaque, questionnaire alimentaire, questionnaire de satisfaction etc.).

La tarification

La quasi-totalité des acteurs de cette discipline demandent à mon avis des honoraires trop élevés et basés sur un traitement étalé sur plusieurs mois. Ces praticiens calculent leurs honoraires en forfait comprenant plusieurs séances, ce qui fait directement grimper la facture, alors que je pense qu’il est nécessaire de raisonner séance après séance en motivant le patient à chaque fois pour la séance suivante, cette méthode donnant des acceptations supérieures à 90 %.

Dans cette approche aussi psychologique que financière, les protocoles de communication jouent un rôle déterminant, ils doivent permettre une adhésion quasi-totale des patients. Cette réussite n’est possible qu’avec une parfaite perception de l’adéquation du rapport « prix-service ». Cette approche ne doit plus être un pôle réservé aux spécialistes, une spécialité pour laquelle tous les patients ne vont pas vouloir débourser, mais un domaine d’intervention de l’omnipraticien, systématisé. Il s’agit alors de savoir communiquer en se positionnant avec un objectif de santé et de bien-être sur le long terme, qui pourrait nécessiter d’une à quatre séances par an (selon l’évolution du niveau de risque et donc la motivation du patient), au prix raisonnable de 80 € pour 20 minutes d’intervention praticien soit 240 €/heure, auxquels se rajoutent 20 minutes de temps assistante. On peut même constater que le réseau des mutuelles affiliées à Santéclair préconise une tarification de ce type de séance à 90 €. Ainsi tous les acteurs concernés trouvent satisfaction dans cette approche.

Ce type de raisonnement et de tarification permet d’avoir une rentabilité horaire plus que satisfaisante. Certes inférieure à celles des autres disciplines prothétiques et chirurgicales, mais supérieure en bénéfice, car cette démarche ne nécessite pas beaucoup d’équipements et d’investissements, et produit une « satisfaction et une fierté » sur le moyen terme bien plus valorisante que le plus beau des devis de prothèses.

Il est nécessaire aujourd’hui de répondre pleinement aux besoins du patient, selon les données acquises de la science. Le seul comportement éthique et responsable est l’approche globale avec une prise en charge totale, passant par la prophylaxie puis le curatif jusqu’à la maintenance qui lui sera assurée durant tout le temps où il fréquentera votre cabinet. Les praticiens ayant mis en place cette approche constatent aujourd’hui ses bienfaits : patient satisfait, qualité des soins accrue, réduction des coûts à moyen et long terme, et rentabilité optimisée pour le cabinet qui peut se donner les moyens nécessaires à une dentisterie moderne et pérenne. Vos assistantes seront ravies de s’impliquer dans ce rôle préventif, elles seront valorisées à travers cela, sans attendre une hypothétique création de poste d’hygiéniste./p>

Dommage de constater, alors que l’ensemble des acteurs de la santé souhaitent favoriser la prévention, que l’acte de motivation et de prévention a été tout simplement oublié de la CCAM. Mais ce n’est pas une raison pour tarder plus ! Vous, passez à l’acte sans attendre !