Comment mettre en place une journée continue au cabinet ?

Dans l’objectif d’optimiser leur présence au cabinet, certains praticiens mettent en place des journées continues sans vraie pause méridienne. Mais attention, ce rythme de travail spécifique ne s’improvise pas et peut-être à l’origine de tensions physiques, psychologiques et relationnelles, s’il n’est pas préalablement pensé et réfléchi. Indépendentaire est allé à la rencontre d’une nutritionniste, d’une sophrologue et d’une d’avocate pour vous livrer toutes les clés de la réussite pour parvenir à vivre agréablement une journée de travail en continu.

« C’est simple, de 8 h 30 à 18 heures, j’ai l’impression de courir sans pouvoir m’arrêter quelques secondes pour reprendre mon souffle. Je tiens ce rythme seulement quatre jours par semaine, mais cette cadence me fatigue tellement, qu’il me faut les trois autres jours pour m’en remettre… » Voilà en deux phrases comment le Docteur Marlaud, qui exerce en Gironde, décrit ses journées. Depuis 18 mois, il a opté pour un travail en journée continue afin de se libérer plus de temps libre, notamment pour ses enfants. « Mon assistante était également d’accord pour adopter ce nouveau rythme car cela lui permet de travailler 35 heures en seulement quatre jours. Nous étions assez séduits par l’idée d’avoir des week-ends de trois jours. »

Mais très vite, le praticien déchante. Les journées défilent à toute allure et semblent interminables. « Nous n’avons aucune organisation précise, nous misons sur les trous dans l’agenda, ou l’absence imprévue d’un patient, pour prendre une pause. Sauf que, l’agenda est bien souvent rempli de bout en bout et lorsqu’un patient nous pose un lapin à 9 h 30, la pause n’est pas très utile… » Comme le Code du travail l’exige, l’assistante prend une pause de 20 minutes entre 12 heures et 14 h 30. Le Docteur Marlaud lui, ne s’arrête quasiment pas. « Je me sens tellement pressé, en retard, que je ne m’assoie pas cinq minutes lorsque j’en ai l’occasion. Pour me restaurer, je mange sur le pouce entre deux patients, des sandwiches froids achetés le matin dans l’épicerie voisine et j’ai un stock de barres énergétiques dans un placard, cela permet de donner un coup de fouet vers 17 heures. En fait, dès mon retour à la maison, vers 18 h 30, je dîne. Cela me donne la possibilité de me reposer plus longtemps avant la journée du lendemain. » Toutefois, il avoue que depuis la mise en place de ce rythme de travail sa pratique professionnelle est devenue moins épanouissante notamment en raison de la fatigue. « Je prends moins plaisir à travailler car je suis beaucoup plus stressé, tendu. D’ailleurs, je ressens plus de tensions au niveau du dos et des épaules depuis que je travaille en journée continue. » Bref, le praticien le concède volontiers, mettre en place une journée de travail en continu ne s’improvise pas et impose une réflexion au préalable. « J’ai surestimé ma capacité à trouver un nouvel équilibre dans ce format, j’ai bien conscience qu’il faudrait que je reprenne le gouvernail de ces journées, mais pour l’instant, je continue à subir et ne prends pas la direction d’un changement, j’attends la coupure estivale pour tout remettre à plat. » Le Dr Marlaud pourra alors s’inspirer des conseils ci-dessous pour établir une nouvelle stratégie et redevenir maître de son temps.

Apprendre à fractionner les repas

Pour la diététicienne-nutritionniste Aurélie Marino : « La clé, pour maintenir une bonne alimentation lorsque l’on effectue une journée de travail en continu, est de fractionner en plusieurs fois ses apports alimentaires. » La spécialiste située dans le Val-de-Marne exerce depuis plus de 10 ans et a été régulièrement amenée à rencontrer des personnes soucieuses de conserver une bonne alimentation en dépit d’un manque de temps pour s’accorder une vraie pause déjeuner. Des situations connues par des profils aussi variés que des commerciaux, des médecins ou des employés dont le travail se fait devant une chaîne de montage.

Ennemi n° 1 : le stress accumulé

Nathalie Vallet est sophrologue à Lyon. Elle intervient régulièrement dans des entreprises où elle donne des formations notamment sur le thème de la gestion du stress et de l’optimisation des pauses lors de sa journée de travail. Elle affirme que si l’on n’y prend pas garde, « le fonctionnement en journée continue est susceptible d’être générateur de stress, lié à l’effort de concentration de façon continue et à la fatigue accumulée au cours de la journée. Il peut également engendrer l’apparition de troubles musculosquelettiques (TMS). » Si ce fonctionnement n’est évidemment pas très physiologique par définition, il peut cependant constituer un vrai choix de vie qui appartient à chaque praticien. « Dès lors, la journée doit être ponctuée de pauses efficaces. Des exercices de respiration, de concentration, d’imagination ou certains mouvements constitueront d’excellentes pauses, calmantes et ressourçantes.» La première question est alors : quand faire une pause ? « Il faut avoir en tête que même une très courte pause entre deux patients peut être très bénéfique et que certains exercices peuvent être pratiqués simultanément à des gestes automatiques que l’on effectue plusieurs fois par jour. » Ainsi, Nathalie Vallet propose une série d’exercices très courts à pratiquer au cabinet au fil de sa journée continue de travail.

Et du côté du droit du travail ? Des pauses sont-elles obligatoires ?

Une pause de 20 minutes est obligatoire au bout de six heures de travail effectuées. Cette obligation est énoncée à l’article L3121-33 du Code du travail : « Dès que le temps de travail quotidien atteint six heures, le salarié bénéficie d’un temps de pause d’une durée minimale de vingt minutes. Des dispositions conventionnelles plus favorables peuvent fixer un temps de pause supérieur. » La circulaire du 24 juin 1998 précise que « le cas échéant, cette pause peut être située avant que cette durée de 6 heures ne soit entièrement écoulée ». En d’autres termes, un salarié dont le temps de travail quotidien atteint au moins 6 heures – qui travaille par exemple 8 heures – peut prendre sa pause de 20 minutes ou plus, avant d’avoir atteint 6 heures de travail effectif, par exemple après avoir travaillé 4 heures. Attention, ce droit à une pause de 20 minutes consécutives est dû, même si l’employeur octroie des pauses de durée inférieure en cours de journée.