Entretien avec Marc Bert et Philippe Leclercq

 
Entretien avec Marc Bert et Philippe Leclercq

« L’occlusion en implantologie » : c’est l’ouvrage présenté sur le stand d’EDP Santé à l’ADF 2015 du mois de novembre dernier. Les Drs Marc Bert et Philippe Leclercq, y étaient. À cette occasion, ils ont répondu à nos questions pour mieux faire découvrir leur livre. Alors que certains lecteurs le feuilletaient déjà, d’autres aimeraient en savoir plus. Explications.

Indépendentaire : c’est une tradition désormais à chaque ADF, une nouveauté : comment organisez- vous une telle production littéraire ?

Dr Marc Bert : Pour répondre à cette première question, cela fait entre 40 et 45 ans que mon ami Philippe Leclercq et moi-même travaillons ensemble. Nous avons donc accumulé un certain nombre de connaissances. Parallèlement, depuis 2-3 ans, j’ai la chance, d’avoir arrêté mon activité clinique, ce qui m’a permis de me mettre à l’ordinateur, écrire et coucher enfin sur le papier les éléments que nous avons réussi à accumuler Philippe Leclercq et moi-même depuis un certain nombre d’années. C’est ainsi, pour moi, l’aboutissement d’une carrière, de travaux de recherches et de traitement de patients. L’ADF est, en effet, une clé de l’année professionnelle. Donc nous faisons en sorte d’être prêts quatre ou cinq mois à l’avance.

Le travail à quatre mains au fauteuil est une chose mais comment l’organisez-vous pour l’écriture?

M.B : L’organisation de notre travail avec Philippe Leclercq se structure de la façon suivante : il pense, il réfléchit. Puis, je me mets au travail, j’écris, je corrige et je modifie etc.Toutefois, la construction se fait à deux tandis que je procède seul à l’écriture. Philippe Leclercq ayant la partie clinique, il est préférable que je gère personnellement la partie la plus abrupte du travail qui est nécessaire à l’édification de ce type d’ouvrage. Cependant, la construction se fait à deux et la mise sur le papier se fait à un. Pour précisions, nos réunions se passent en général lorsque Philippe Leclercq a fini son activité au cabinet. Nous allons habituellement à la brasserie « La Lorraine » attablés avec des huîtres de chez Gillardeau, un bar en croûte de sel, quelques crêpes flambées, une bonne bouteille de Bourgogne, ce qui nous permet quand même de nous retrouver dans un contexte convivial pour créer, ce qui je pense se retrouve également dans l’écriture. Nous fonctionnons donc avec deux cerveaux et dix doigts, les dix doigts étant les miens. Enfin, de son côté, Philippe Leclercq vérifie le travail et voit notamment si ma production correspond à ses idées.

Dr Philippe Leclercq : Notre organisation au niveau des tâches a en effet été parfaitement décrite par Marc. Il a de longue date ure excellente maîtrise de l’écriture. Il est l’auteur de nombreux ouvrages qui ont marqué la profession. Il n’exerce plus d’activité au fauteuil et il était donc logique qu’il synthétise nos idées et réflexions. J’ai pour ma part appliqué cliniquement les théories que nous avons clairement exposées. À ce travail collectif, je voudrais également associer Monsieur Jean-François Martinez en ce qui concerne les concepts et constructions prothétiques.

 

Vous explorez l’implantologie depuis toujours et précisément le domaine de l’occlusion : a-t-elle une incidence sur la pérennité des implants et/ou des prothèses ? La considéreriez-vous comme un facteur de risque ?

P. L. : S’il y a un bien un domaine qui est important en implantologie, c’est justement l’occlusion puisque les implants, nous ne le répéterons jamais assez, sont au service de la prothèse et non l’inverse. Certes, la chirurgie est importante mais trop de praticiens résument cette discipline au seul acte chirurgical. Pour nous, la prothèse est bien évidemment au moins équivalente, voire plus importante que la chirurgie dans la mesure où c’est l’aboutissement du traitement et elle doit correspondre à ce qu’attend le patient tant d’un point de vue fonctionnel qu’esthétique et phonétique… Que l’on soit en prothèses fixées ou en prothèse amovible stabilisée, l’occlusion représente donc le stade ultime de nos traitements. Ces réglages occlusaux précis participent donc de façon évidente à la pérennité de nos traitements. Nous sommes de plus en plus souvent confrontés à des situations cliniques complexes ou des situations d’échecs. La reprise de ces situations cliniques impose toujours une approche particulièrement fine de l’occlusion. Avec Marc Bert, nous avons tenté d’apporter des réponses à chaque situation d’édentement traitée grâce à des implants.

Le contrôle de l’occlusion lors de l’intégration de la prothèse vous semble-t-il suffisamment pris en compte et maîtrisé ?

P. L. : Lors d’expertises judiciaires, Marc BERT et moimême voyons des situations cliniques particulièrement préoccupantes. Dans ce type de cas, la plupart du temps, l’aspect prothétique et surtout occlusal n’a pas été pris en considération. Ainsi, la fonction est altérée, les bris de céramique voire d’armature ou d’implants sont relativement fréquents. La pratique de l’expertise judiciaire nous a montré combien la prise en compte des facteurs occlusaux était souvent oubliée ou très mal gérée. Ainsi, ces situations régulièrement mises en évidence nous ont également incités à écrire cet ouvrage afin d’aider nos consoeurs et confrères à réfléchir à l’importance de la réalisation d’une occlusion la mieux équilibrée possible en fonction de la situation clinique.

M.B : Afin de défendre un peu nos confrères et nos consoeurs, il faut reconnaître aussi que l’occlusion est une discipline qui a été enseignée d’une manière extrêmement ésotérique pendant un certain nombre d’années. À l’image des propos du banquier Alan Greenspan, je résume les congrès d’occlusion par cette formule : « Si vous avez compris c’est que je me suis mal exprimé », c’est-à-dire qu’à propos d’un cours d’occlusion il fallait que la personne qui sorte n’ait absolument rien compris, que ce soit nébuleux, difficile et complexe. Nous avons donc essayé avec Philippe Leclercq de reprendre les bases de l’occlusion mais sur des bases neurophysiologiques de manière à ce que le lecteur, l’auditeur, le praticien, reparte de la base et progresse petit à petit vers l’occlusion. Ce que nous voulons faire dans ce livre ce n’est pas faire apprendre l’occlusion mais faire comprendre l’occlusion et une fois que c’est compris cela s’intègre dans la pratique quotidienne.

Le livre apporte-t-il des réponses aux questions de type : faut-il mettre les prothèses sur implants en sous-occlusion ?

N. F. : Concevoir la prothèse sur implant en sous-occlusion est d’après nous une erreur malheureusement parfois véhiculée dans certains cours ou ouvrages. Si la prothèse sur implant est placée en sous-occlusion, les dents en regard se déplaceront et automatiquement des déséquilibres inter-arcades seront augmentés. La réponse à cette question se trouve bien évidemment clairement exposée dans notre livre. Beaucoup d’autres paramètres sont également à prendre en considération. Cette question revient en effet souvent dans les manifestations ou les congrès d’implantologie, notamment dans les cas de mise en charge immédiate, thème qu’il faut par ailleurs appréhender avec beaucoup de prudence en respectant notamment les indications de ce principe.

Votre livre intitulé « l’occlusion en implantologie » est-il construit selon une approche plutôt fondamentale de l’occlusion ou apporte-t-il des solutions pratiques, prête à l’emploi chères aux lecteurs pressés ?

M.B : L’ouvrage est construit sous la forme de trois étages. Dans chaque chapitre, le lecteur peut tout d’abord accéder à l’essentiel, résumé en une page. Au deuxième niveau, le chapitre est développé. Puis, le lecteur peut enfin prendre connaissance de la rubrique « pour en savoir plus ». Il y a donc trois niveaux d’intégration des connaissances dans chaque chapitre. Il est évident que c’est l’occasion pour le praticien d’aller chercher des solutions pratiques et, notamment vers la fin du livre. C’est ce que nous expliquons d’ailleurs dans la préface. Toutefois, il va se retrouver rapidement démuni car la solution sans la compréhension de la solution n’apporte rien. Par conséquent, il va naturellement se rediriger vers les premiers chapitres qui correspondent à une approche fondamentale de l’occlusion. Ceux-ci vont lui permettre d’adapter non pas des concepts qu’on lui a donnés mais de créer ses propres concepts et de voir ainsi à quel point ils deviennent efficaces. Et ce, à partir du moment où il les a créés, compris et mis en oeuvre.

Peut-on d’ores et déjà connnaître le sujet de votre prochain ouvrage ?

M.B : Le prochain ouvrage est déjà en cours d’écriture. Philippe Leclercq n’aura qu’une petite participation puisqu’il sera écrit avec mon successeur au cabinet le Dr Thierry Behar. Cet ouvrage s’appellera Gestion pratique des complications en implantologie. Ce livre demandera un certain temps de création. Visuellement, il prendra la forme d’une bande dessinée : il n’y aura pratiquement pas de texte, beaucoup d’images, des bulles et des réponses. C’est quelque chose d’extrêmement simple. Il y aura 28 ou 29 chapitres qui vont être très courts avec des questions du type : que faiton ? Comment retire-t-on une vis cassée dans un implant ? Qu’en est-il de la gestion de l’inhalation d’un composant ? Effectivement, si l’on ne connaît pas la manoeuvre d’Heimlich le patient peut s’asphyxier. Donc l’idée est de pouvoir apporter des réponses très courtes et très rapides. Il va y avoir à la fin de chaque chapitre un QR code où sera inscrit par exemple un titre qui va référer à un film, lequel film va être enregistré dans une bibliothèque détenue par EDP Sciences. C’est d’ailleurs l’un des points que nous avons vu directement avec la maison EDP Sciences. Cette bibliothèque permettra de visionner un petit film de trois minutes inhérent à chaque chapitre du livre. Celui-ci illustrera la façon de faire. En effet, nous avons un métier qui, à ce niveau-là, correspond à du compagnonnage. Il s’agit de bâtisseurs de cathédrale qui se sont transmis ces gestes et, pour les transmettre, il n’y a qu’une seule possibilité : le visionnage d’un film de temps en temps. Ainsi, nous allons donc transmettre des gestes et nous allons essayer qu’il y ait une forme de compagnonnage. Nous allons avoir une forme de compagnonnage implantaire pour la gestion des difficultés et des complications. Enfin, ce livre sortira au prochain ADF.

P.L : Marc BERT a été le premier à rédiger des ouvrages abordant le thème de l’échec en implantologie. Personne avant lui n’avait osé évoquer ce sujet, la grande majorité des auteurs préférant traiter des succès. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai une grande admiration pour lui. Son prochain ouvrage, qu’il a décidé d’écrire avec son successeur, est une excellente idée : il comportera des dessins animé et des films. Il sera donc possible de voir directement les gestes à effectuer et les instruments à utiliser. À suivre.