Changer tout ? Oui mais en douceur

Comment rentabiliser une telle approche avec les coûts d’un cabinet moderne ?

C. R. : Il est bien entendu qu’à 19,28 € l’obturation, il n’est pas rentable de passer la journée à se livrer à des investigations ! C’est la raison pour laquelle j’ai intégré le management à mon approche et dans l’ouvrage. Une organisation rationnelle et efficace est la seule qui permette de faire le métier que l’on aime, comme on l’aime! En maîtrisant les clés de l’optimisation de l’agenda, on peut se permettre de créer une relation différente avec le patient… sans avoir le regard sur la montre. Pour donner du temps et créer du lien, il faut savoir s’organiser. Je donne des exemples de consultations avec réalisation de devis et de plans de traitements et on détricote les croyances de ce qui est réellement efficace.

On imagine mal le management cohabiter avec les médecines douces ?

C. R. : C’est une erreur largement répandue ! Mais mettre de l’humain dans le management c’est tout à fait possible et grandement souhaitable. Ne nous y trompons pas : le service patient est le bénéfice du management, l’augmentation du chiffre d’affaires arrive mais c’est un corollaire, un avantage collatéral dirais-je ! Je me suis beaucoup inspirée de coaches américains en développement personnel. Nous sommes arrivés à un point où nous ne pouvons plus faire machine arrière et les jeunes qui arrivent vont nous remettre en question. Les seniors nous avons beaucoup à apporter dans ce nouvel équilibre, mais, mauvaise nouvelle pour les réfractaires, ils n’y survivront pas ! Dans les 20 ans qui arrivent, le service patient (avec le primum non nocere, évidemment) va propulser les cabinets qui auront anticipé cette demande. Je suis convaincue que les cabinets écologiques et centrés sur le bien-être des patients représentent le seul avenir possible pour les praticiens libéraux.

Dans votre ouvrage vous invitez dès l’introduction vos lecteurs à franchir leur zone de confort, envisager autrement –voir remettre en question- un long parcours d’études, de formation et de pratique. N’est-ce pas un grand pari ?

C. R. : Si l’on veut transformer une vie professionnelle qui se dégrade et ne nous apporte plus satisfaction, il faut avant tout accepter le changement, même si, en effet, c’est loin d’être confortable. Les personnes qui lisent mon livre sont dans une quête de renouvellement, il n’est pas question pour moi de les brosser dans le sens du poil ! La « mission » que NatureBio Dental s’est donnée ne sera pas remplie si nos lecteurs ne se remettent pas en question. Pour ce faire, je ne leur raconte pas une belle histoire, mais je leur parle de ma vie : moi aussi j’ai été au bord de la faillite, j’ai râlé après les charges, le système, la Sécu, l’Urssaf jusqu’au jour où le regretté Pierre Brassard m’a dit « Et si tu arrêtais de faire la victime ? ». J’ai osé aller au-delà de ma zone de confort et aujourd’hui je suis une passionnée je me régale des relations avec mes patients, je prends du plaisir à sculpter un composite… Quand je fais un bilan à un patient je commence par l’écouter, puis j’observe, je cherche des liens, une cohérence, je lui explique les relations entre ses organes et ses émotions, je leur apporte des réponses qui ont du sens pour eux et il est fréquent que les entende dire « Je suis content d’être venu ! ». Quelle satisfaction ! C’est tout le sens de mon livre et de ma formation depuis 30 ans, je ne prétends pas détenir la vérité, je propose juste un regard différent et complémentaire de tout ce que l’on sait déjà.