Peut-on interrompre légalement les soins ?

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La toxicité des relations entretenues avec les « sales cons » rend nécessaire l'acte de s'en débarrasser... mais peut-on éloigner les patients revêches de nos cabinets en toute légalité ?

Le fondement de notre profession est basé sur la confiance qui existe entre les patients et leurs praticiens. Que ce soit parce qu’ils ont été guidés sur les recommandations d'un autre patient ou qu'ils s’adressent à nous par le fait du hasard, les personnes qui décident de poursuivre des soins et des prothèses complexes dans notre cabinet doivent s’en remettre à nous. Pour cela, doit exister une confiance aveugle entre les uns et les autres. Confiance sur le diagnostic, sur l’objectif thérapeutique, sur la qualité de soins et sur la valeur de nos prothèses pour le patient. Confiance sur le suivi des soins et des séances ainsi que sur le paiement des honoraires pour le praticien. Du début des soins jusqu’à la conclusion du traitement, par la pose des prothèses, ce principe de confiance régit les relations patient/praticien. Il arrive cependant que le déroulement des rapports entre les uns et les autres ne soit pas aussi idéal.

Des nombreux conflits possibles

De notre côté, nous faisons tous les efforts pour que les conditions de soins se déroulent parfaitement. Mais notre travail n’a d'intérêt et de réussite que si le patient collabore totalement avec nous. On ne peut pas imaginer un soin sans une coopération maximum voire une symbiose entre les parties. C’est la condition sine qua non de la réussite de notre travail. Comment aboutir à des soins de qualité si le patient fait obstacle au traitement ? Comment travailler et bien faire son métier si le patient n’ouvre pas la bouche, s’il tourne la tête, s'il est sous tension et nous transmet son énergie négative, s’il râle en permanence, etc. Ainsi, il peut arriver que l’on « tombe » sur un patient difficile. Inconsciemment, on sait que les obstacles qu’il mettra sur notre « chemin médical » pourraient faire défaillir la qualité de notre travail.

S'arrêter ou continuer ?

Souvent on est tenté de continuer parce que le devis est important ou que le travail complexe qui est à faire nous intéresse sur le plan médical. Il faut alors mettre en balance d’une part l'intérêt de poursuivre les soins dans des conditions défavorables, mais avec une compensation finale intéressante et d'autre part la sérénité que l'on désire en rompant simplement nos relations avec ce patient récalcitrant. Vivre sur un plan professionnel sous tension du fait d'un patient rebelle ne mène nulle part. Il ne peut y avoir de compensation suffisante pour accepter de soigner un malade qui ne coopère pas.

Interrompre immédiatement les soins

Un conseil, interrompez immédiatement les relations avec un patient qui vous manque de respect, ou un patient revêche ou agressif ou qui vous transmet un stress à chaque séance. Aucun texte ne vous impose d’accepter de soigner un malade si vous n’avez pas pour lui la même « conscience » (article R. 4127-211 C.S.S.) qu’avec les autres patients. Cet obstacle vous impose de cesser immédiatement le cours des soins sans pour autant le mettre en danger.

Un retour sur investissement rapide

Consultez de nombreux laboratoires jusqu’à ce que vous trouviez le bon, vous aurez des surprises. Licenciez votre collaborateur sans égards. Quittez votre associé, déménagez, transférez votre cabinet… Tout cela vaut mieux qu’un ulcère à l’estomac ou une dépression provoquée par la fréquentation quotidienne d’un « sale con ». Le coût d’une telle opération trouvera un retour sur investissement bien rapide, tant ces ambiances toxiques ont une influence très négative sur votre productivité, votre allant, votre pêche. Recrutez une assistante dentaire qui vous estime et que vous estimez en retour, les frais de licenciement de la précédente seront bien vite remboursés par les gains de productivité générés par la complicité, à la place de la mauvaise volonté.

Comment le faire ?

La base de notre exercice professionnel est l’article R. 4127-204 du Code de la santé publique qui rappelle que « le chirurgien-dentiste ne doit en aucun cas exercer sa profession dans des conditions susceptibles de compromettre la qualité des soins ». Alors si les conditions ne s’y prêtent pas, mettons fin aux séances et cesser toutes relations avec le patient difficile. Cela est d’autant plus vrai que pour sa part le patient peut en faire de même. La loi lui permet d’interrompre « à tout moment » le consentement aux soins. La valeur du consentement mutuel (ce qui rappelle d’autres circonstances) est primordiale et doit rester le socle de notre relation avec nos patients.

Lettre type

Bout-du-Rouleau,
le 13 novembre 2011.

Monsieur Pénible,

Nous avons le regret de vous annoncer que nous ne sommes plus en mesure de poursuivre une relation thérapeutique avec vous sans contrevenir à l’art. R. 4127-204 du Code de la santé publique (« le chirurgien-dentiste ne doit en aucun cas exercer sa profession dans des conditions susceptibles de compromettre la qualité des soins »).

C’est pourquoi, dans notre intérêt réciproque, nous n’avons pas été en mesure de vous donner un prochain rendez-vous. Pour poursuivre les soins commencés dans notre cabinet, vous trouverez ci-dessous une liste de trois praticiens, situé dans un périmètre proche du nôtre. Dès que vous nous aurez indiqué vers quel nouveau cabinet s’est porté votre choix, nous leur transmettrons par retour de courrier votre dossier médical.

Cordialement,

Docteur Jean Peuplu