Les Maisons de Santé Pluridisciplinaires opportunité ou piège à éviter ?

Face à la problématique des déserts médicaux, la multiplication des Maisons de Santé Pluridisciplinaires (MSP) est une des solutions majeures avancées par la ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine. Dans ces regroupements de professionnels de la santé, quelle peut être la place du chirurgien-dentiste ? Doit-il se laisser séduire par le projet de soins territorial et par les incitations financières ou rester sur ses gardes et à distance des MSP ?

Les Maisons de Santé Pluridisciplinaires (MSP), qui regroupent dans un cadre d’exercice libéral des professionnels médicaux et paramédicaux, se développent un peu partout en France. Dans un contexte de crise de la démographie médicale et d’inégalité de répartition géographique de la couverture de soins, cette forme d’organisation est perçue comme un moyen de maintenir une offre de santé suffisante sur le territoire, moderne et de qualité, tout en améliorant les conditions d’exercice des professionnels.

Toutefois, si les MSP sont avancées comme une solution à la désertification médicale de certaines zones du territoire, ces offres de regroupements divisent les professionnels de la santé. C’est le cas des chirurgiens-dentistes.

Les MSP viennent bousculer leur culture professionnelle et leur imposent une nouvelle manière de pratiquer leur métier, notamment en les poussant à développer le travail en équipe. Officiellement mis en place en 2009, les regroupements de praticiens existent cependant depuis plus de 20 ans. Avec les années, un des critères de réussite s’est affirmé : le projet médical doit être défini par les professionnels de la santé et non les élus en charge du territoire concerné.

2 millions d’euros injectés pour la création d’une MSP

À Mirepoix, dans le département de l’Ariège, on met en avant cette volonté commune qui a donné naissance à la nouvelle maison de santé pluridisciplinaire ouverte depuis le mois de mars.

D’un côté, des praticiens rassemblés en association. De l’autre, des élus soucieux de voir leur territoire conserver son dynamisme et son offre de soins. Afin de faire face au risque de désertification médicale et inciter les professionnels de santé à s’installer dans la commune, élus et membres de l’association ont travaillé durant quatre ans au développement de leur projet. Pour Jean-Jacques Michau, le président de l’intercommunalité : « Il s’agit d’un travail des élus certes, mais sans les professionnels de santé qui ont porté le projet de soin auprès de l’Agence régionale de santé (ARS), rien n’aurait été possible. Il fallait offrir une solution qui permette de les accueillir et leur donne envie de rester. Notre MSP est une réponse aux besoins d’une médecine d’avenir ».

Au final, c’est un bâtiment de plus de 1 000 m² qui a ouvert ses portes le 3 mars 2014. Il accueillera 18 professionnels de santé. Côté financement, deux millions d’euros d’investissements ont été injectés. La MSP a été en partie financée par des fonds publics de l’État et de la Région ainsi que l’Europe via le Fonds européen agricole pour le développement rural (Feader). Le Pays de Mirepoix, propriétaire des lieux, a financé la voirie et recevra un loyer de la Société interprofessionnelle de soins ambulatoires (SISA) qui réunit les professionnels de santé de la maison de santé pluridisciplinaire.

C’est au sein de cette SISA que le montant du loyer de chaque praticien a été défini en fonction notamment de la surface au sol de son cabinet. En raison de sa nécessité de bénéficier d’un espace plus large, le chirurgien-dentiste de l’équipe, le Dr Thierry François, versera ainsi un loyer supérieur à celui de ses confrères.

Deux studios pourront accueillir des internes en médecine venus effectuer des stages. Ces futurs médecins perçoivent avec l’ARS une rémunération afin de les aider à financer leurs études et devront en retour, une fois leur diplôme obtenu, exercer dans la zone déficitaire concernée plusieurs années. En amont de sa construction, dans leur réflexion, les professionnels de santé ont défini avec les architectes des espaces communs, comme une cafétéria ou une salle de réunion, afin de favoriser les échanges et la communication entre les praticiens. « Grâce à ce projet, la présence médicale se perpétuera au fil des ans, les médecins stagiaires qui viendront réaliser un stage seront séduits et s’installeront définitivement. Des praticiens déjà en exercice pourront également être attirés par notre MSP.

Ainsi, le pays ne deviendra pas un désert médical » poursuit le président de l’intercommunalité. Lors d’un diagnostic territorial réalisé il y a 5 ans, la Caisse d’assurance retraite et de la santé au travail (Carsat ex-Cram) avait estimé en fonction de la présence des médecins sur place et de leur âge rapportés au nombre d’habitants que la couverture médicale serait insuffisante pour soigner la population dans les années à venir. Ce ne devrait donc plus être le cas à Mirepoix.