Quand l’esthétique a ses limites…

 
Quand

La demande esthétique des patients est parfois bien difficile à satisfaire : résultat remis en question, argumentaire de l'orthodontiste contesté... Le docteur Choukroun analyse ce comportement.

Deux raisons peuvent expliquer l'insatisfaction constante. La première est une pathologie grave : la dysmorphophobie. Elle peut recouvrir deux diagnostics : la psychose ou la névrose obsessionnelle. La deuxième est un comportement : une exigence allant jusqu'à la déstabilisation du praticien et l'acharnement thérapeutique. Elle est souvent liée à un contexte de vie.

Quelles sont les deux facettes de la dysmorphophobie ?
La dysmorphophobie ne mérite pas le nom qu’elle admet dans la nomenclature psychopathologique. Selon le psychanalyste Jean David Nasio, il s’agit en réalité d’un symptôme obsessionnel. Dans la forme psychotique, le patient est une personnalité délirante. Il a un passé de « tourisme médical », ayant déjà assailli d’autres professionnels de santé. Il est souvent désocialisé voire en dépression. La pathologie se déclare fréquemment à l’adolescence. Le délire peut être « construit ». Son discours est alors rationalisé à l’excès. Il connaît notre travail comme un professionnel, avec d’autant plus d’exactitude que le vecteur Internet lui fournit de nombreuses informations. Mais ce délire peut s’avérer également irrationnel. Il prétend alors à des observations qui n’existent pas. Il peut facilement passer à l’acte : la plainte juridique. Cette pathologie ressemble beaucoup à celle de l’anorexie. Le détail qui l’importune peut être une saillie, une tache, une forme anormale, une douleur. Tous ces symptômes sont vécus de façon insupportable. Dans la névrose obsessionnelle, la plainte est agressive, et a pour finalité de provoquer l'agressivité du praticien. Lacan parle de jouissance de l'autre. L'Autre représente un imago parental fantasmé, un père sur lequel il a développé une haine refoulée, que le praticien soit un homme ou une femme.

Qu'en est-il du comportement d'exigence ?
Il y a un transfert. Le sujet est en plein divorce et reporte sur le praticien la perte inacceptable du conjoint qui l'a trahi. Mais cela peut aussi être un conflit avec une personne de sa famille, un collègue, un patron, etc.

Comment réagir ?

Depuis Bichat, la médecine se définit comme le traitement des organes, la médecine organique. Grâce aux progrès fulgurants de la technologie médicale et dentaire, le praticien est devenu un ingénieur du corps. Il peut faire face à de nombreuses pathologies, en se référant à des moyens toujours plus performants. Lorsqu'une réponse n'apporte pas satisfaction, le praticien est susceptible d'utiliser bien d'autres moyens issus de son arsenal thérapeutique, des moyens allant de la simple prescription à toutes sortes d'interventions chirurgicales. Or la médecine oublie trop souvent, et de nombreux praticiens s'en plaignent, que le corps n'est pas un objet anodin. Il dépend de la personnalité du patient, de son contexte de vie. Des progrès similaires aux techniques médicales mettent en évidence que la capacité d'un individu à agir par son cerveau et son appareil biochimique à une infuence considérable de la vie psychique sur les pathologies organiques.

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