Arthrose du condyle : quelles conséquences dentaires ?

 
Arthrose du condyle : quelles conséquences dentaires ?

Usure de la surface cartilagineuse du condyle presque toujours associée à un déplacement discal, cette pathologie peut avoir des conséquences importantes sur la santé dentaire. Présentation des solutions pour une réhabilitation du système masticateur.

L’arthrose se définit comme l’usure de la surface cartilagineuse du condyle, laissant place à des déformations de l’os sous-jacent. La douleur est quelquefois présente, mais selon certaines sources, elle ne le serait que dans 15 à 20 % des cas. La douleur et la dégénérescence peuvent être associées aux cycles de mise en charge de l’articulation. Plus celle-ci est soumise à de grandes forces ou fréquences de mise en charge, plus elle est susceptible de dégénérer ou d’être douloureuse. L’arthrose du condyle mandibulaire a une forte prévalence. Dans notre clientèle, elle atteint près de 60 % des patients. Elle est toujours (ou presque) associée à un déplacement discal. Le disque étant déplacé, le condyle est soumis à des forces compressives plus grandes par unité de surface. C’est une condition dans laquelle il peut dégénérer. La grande surprise est la révélation, depuis la parution de l’étude de Nebbe en 2000, que 72,5 % des ATM (articulations temporo-mandibulaires) de filles dès l’âge de 15 ans ont le disque déplacé, et 62 % pour les garçons.

C’est dire que nous travaillons avec une population dont les disques sont en grande majorité déplacés, que ces ATM sont donc à fort risque d’arthrose et de dégénérescence et qu’une partie de ces cas deviendra en plus douloureuse. Pour les cas qui dégénèrent, la dentition s’en trouve affectée et les soins de réparation peuvent être très onéreux. Pour ceux qui en plus deviennent douloureux, la vie entière est affectée. La prévention et le contrôle de la dégénérescence sont conséquemment impératifs pour la sauvegarde de la dentition. Pourquoi est-ce si important dans nos pratiques ? Jusqu’à maintenant, les troubles de l’ATM ont été considérés comme seulement douloureux. Malheureusement, cette façon de penser nous a empêchés de voir toutes les conséquences dentaires et parodontales des condyles qui dégénèrent.

Cas clinique n°1

Cette patiente de 59 ans nous a été adressée avant la pose d’implants en remplacement des molaires 26-27. L’anamnèse nous révèle qu’elle souffre de céphalées fréquentes, de douleurs aux ATM, aux muscles et aux dents. De plus, elle nous dit qu’elle sent tout son corps qui se « débalance ». L’histoire des dents 26 et 27 est longue. Vers l’âge de 19 ans, elles ont tout d’abord reçu des amalgames. Les dents se sont fissurées et quelques années plus tard les amalgames ont été remplacés. Cette fois, il y a eu des fractures cuspidiennes. Ce sont alors des composites qui ont été faits dans le but de « coller » les dents. Malgré les efforts du dentiste, des couronnes céramo-métalliques sont devenues nécessaires, suite au bris des restaurations composites. Les couronnes ont eu un certain succès et une certaine durabilité. Toutefois, la porcelaine s’est rapidement écaillée et une sensibilité chronique s’est installée. À ce moment, des soins endodontiques sont devenus nécessaires avec de nouvelles couronnes, sur pivot cette fois. À peine quelques années plus tard, des fractures radiculaires ont commandé les deux extractions ; (Fig.6). Tout cela se passe sur 30 ans.

Dr Alain Aubé