Traiter la dens evaginatus

EVAGINATION

La dens evaginatus est une anomalie morphologique relativement rare qui touche la couronne dentaire.

Cette anomalie a été répertoriée pour la première fois par Mitchell [1] en 1892 qui a parlé d’une cuspide accessoire au niveau de la face linguale d’une incisive centrale gauche. Mellor et Ripa ont proposé le terme de « talon cuspidien », étant donné sa ressemblance à une serre d’aigle. Schulz [2] définit par la suite le terme de talon cuspidien comme étant une cuspide accessoire pouvant rejoindre le bord incisif et ayant une forme en T ou Y. Cliniquement, elle se présente comme une excroissance de la partie coronaire de la dent au niveau de sa face occlusale pour les dents postérieures et de la face palatine ou vestibulaire de la dent antérieure. Cette élévation est constituée de tissus normaux émail et dentine avec parfois une extension pulpaire, dans certains cas. Elle se retrouve aussi bien en dentition temporaire que permanente, à la mandibule et au maxillaire.

CLASSIFICATION
Hattab et all [3] ont proposé une classification pour les talons cuspidiens des faces palatines des dents antérieures basée sur le degré de formation de la cuspide et son extension partant de la jonction amélo-cémentaire au bord incisif en trois types ; (Fig.1, 2, 3).

Type 1 : talon ou excroissance cuspidienne majeure qui s’étend de la distance comprise entre la jonction amélo- cémentaire et le bord incisif.
Type 2 : semi-talon ou demi-excroissance d’environ 1 mm, ou la moitié de la hauteur de la face linguale de la dent partant de la jonction amélo-cémentaire au bord incisif.
Type 3 : trace de talon ou excroissance minimale qui s’apparente à un cingulum prononcé. Cette classification part du plus prononcé au moins apparent ou plus discret.

La classification de Hattab a été modifiée par Chin Ying en 2001 pour y inclure les excroissances de la face labiale, car le talon cuspidien est pathognomonique sur la face palatale. Cependant, Mayes [4], en 2007, décrivit les talons cuspidiens de la face labiale en trois catégories selon l’importance de l’extension.

Catégorie 1 : c’est une forme discrète ; un petit triangle s’étendant sur la face vestibulaire mais n’atteignant pas la jonction énamo-cémentaire ni le bord incisif.
Catégorie 2 : c’est une forme modérée ; le triangle s’étend sur la longueur de la couronne, n’atteint pas la jonction émail-cément, mais le bord incisif. Il est clairement visible et peut être palpé.
La catégorie 3 correspond à une forme extensive. C’est une forme libre qui s’étend de la jonction émail-cément au bord libre ; (Fig.4, 5 et 6).

Normalement, les talons cuspidiens sont remarqués en palatal ou lingual des dents antérieures et de très rares cas ont été reportés, se trouvant sur la face labiale des dents.

ÉTIOLOGIE
L’étiologie des évaginations dentaires n’est pas connue mais semble être multifactorielle avec des composantes génétiques, environnementales, et une hyperactivité de la lamina dentaire au début de l’odontogénèse. Hattab et coll. ont suggéré que l’évagination serait la résultante d’un plissement
extérieur de l’épithélium améloblastique interne (précurseur des améloblastes cellules périphériques de la papille dentaire constituée de tissu mésenchymateux (précurseurs des odontoblastes). Le talon cuspidien vestibulaire est une anomalie de forme très rare ayant une prévalence qui varie considérablement parmi les différents groupes ethniques allant de 0,04 à 10 %. Elle est nettement plus élevée chez les Asiatiques de type mongole (Esquimaux, Indiens d’Amérique du Nord, Malais), les Arabes (6,9 %) et Américains (2,5 %). Cette anomalie n’est que très rarement décrite chez les individus blancs et noirs. Contrairement au talon cuspidien palatal, le talon facial est prédominant chez la femme et la survenue est trois fois plus fréquente en dentition permanente qu’en dentition temporaire. L’évagination d’une dent peut entraîner de multiples problèmes d’ordre esthétique, carieux et fonctionnel.

PRÉSENTATION D’UN CAS DE TALON CUSPIDIEN LABIAL
Une patiente de 13 ans est venue en consultation à mon cabinet dentaire, se plaignant d’avoir une dent bizarre, non lisse. L’anamnèse médicale n’a rien révélé de particulier. À l’examen endobuccal on constate une fluorose légère mais l’absence de carie et de dépôts de tartre. La patiente a une bonne hygiène buccale. Sur la face vestibulaire de la 1.1, on note la présence d’une cuspide accessoire s’étendant de la gencive marginale au tiers du bord incisif. La cuspide est séparée du reste de la couronne par un sillon ; (Fig.7). Une radiographie rétro-coronaire ; (Fig.8) révèle une zone radio-opaque en forme de « V » se superposant sur l’image de l’incisive centrale supérieure droite. Il n’y a pas d’extension de la pulpe au niveau de la cuspide. On constate l’absence de lésion carieuse, de poche parodontale, de douleur, ni spontanée, ni à la percussion de la dent concernée. Étant donné le problème d’ordre esthétique causé par le talon cuspidien vestibulaire, il a été décidé un meulage sélectif suivi d’une restauration en composite.


CONCLUSION

Le talon cuspidien facial est une anomalie qui survient principalement chez les descendants asiatiques et très rarement chez les individus noirs. Le traitement dépendra d’une extension pulpaire ou non au niveau de l’excroissance et d’un meulage. Ce dernier peut être progressif (sur plusieurs semaines) ou réalisé en une seule séance. Dans ce cas précis, on a procédé au meulage en une seule séance avec une fraise diamantée. Un vernis dentinaire a été appliqué avant de réaliser le mordançage. La cavitation laissée par le talon cuspidien a été restaurée avec un composite appliqué en
couches successives. La patiente a été revue deux mois après la restauration, puis un an après, sans notion de sensibilité. La complainte principale de la patiente était d’ordre esthétique et une réponse thérapeutique appropriée a été apportée. Ce faisant, on a facilité l’élimination de la plaque bactérienne qui pourrait causer des pathologies telles que la carie et la gingivite. On a également rétabli l’estime de soi et l’apparence de la patiente.



Dr Géraldine DELICE-FRANCOIS