Le numérique pour mieux communiquer avec son prothésiste

En constante évolution, les technologies numériques de conception, de simulation et de fabrication de prothèse offrent des possibilités de réactivité et de précision inégalées… mais obligent sinon à s’équiper du moins à se tenir informé. Tour d’horizon.

La profession connaît de fortes évolutions techniques en interactivité avec la haute technologie, la robotique et les techniques informatiques assistées par ordinateur (CAO/ CFAO) qui ont modifié progressivement l’exercice quotidien des prothésistes… et des cabinets dentaires. La forte concurrence des low-costers (importations de prothèses bon marché du Sud-Est asiatique, des pays de l’Est ou du Magreb) a forcé les laboratoires à investir plus avant en recherche et pousse à l’amélioration constante de la performance (des hommes, de l’organisation du travail comme de l’outil de production). Si tous les laboratoires ne sont pas encore aujourd’hui équipés d’une solution complète (système de CAO complété d’une machine à commande numérique), le mouvement vers le numérique (que ce soit individuellement ou en mutualisation) est massif. La plupart des fabricants de prothèses dentaires ont évidemment recours à la CAO et continuent à sous-traiter la fabrication auprès d’un centre de production (du fournisseur de système de CAO).

Les différentes évolutions promettent des restaurations avec un minimum d’interventions manuelles… voire même sans aucune préparation physique. La fabrication automatisée et la validation numérique des restaurations sont en train de changer le paysage professionnel des laboratoires de prothèses. Comme en orthodontie, les fournisseurs pourront fournir en direct des prothèses au cabinet, en recrutant des maquettistes pour la modélisation.

Tout l’enjeu pour les laboratoires de prothèse dits de proximité est de réussir à se moderniser et à s’industrialiser. Pour franchir le cap de l’industrialisation, les regroupements de petits laboratoires avec mutualisation des moyens de production semblent un passage obligé.

NOTE

Un flux numérique se pense en amont avec l’aide de tous les partenaires : le distributeur qui doit accompagner la mutation et pouvoir assurer à la fois interface et SAV, le laboratoire de prothèse et l’équipe du cabinet.

Le raz-de-marée numérique

La numérisation des empreintes permet d’adresser la version numérique par Internet au prothésiste, qui peut ainsi démarrer au plus tôt la conception de la prothèse. Mais de nombreux prothésistes dentaires ont émis des doutes quant à la fiabilité de la numérisation des empreintes (pour les limites cervicales ou l’occlusion), balayés par les fabricants et les progrès des systèmes.

La mise en place d’une chaîne numérique permet de réduire le délai de réalisation de la prothèse dentaire : réalisation au laboratoire et validation au cabinet de l’infrastructure en parallèle de la réalisation du modèle qui va servir à valider l’occlusion lors de la finition céramique (voir à ce propos l’article Prendre le virage numérique paru dans le n°109 d’Indépendentaire de juin 2013). La capture numérique intra-buccale autorise la prise d’empreinte sans passer par le moulage.

Le point de vue des spécialistes

Michel Bastide, prothésiste dentaire et responsable général du Dental Forum a décidé de sauter le pas du numérique en 2008 : « Nos clients n’imaginent pas toujours la proportion qu’a pris le numérique dans notre pratique ; aujourd’hui, 80 % de notre production d’armatures céramique, implantaire, couronne, est réalisée par CFAO. Notre quotidien désormais ce sont les écrans et les souris, plus les spatules. »

Pour le responsable général du Dental Forum, il n’est plus temps d’attendre, mais au contraire de sauter le pas pour assurer la continuité numérique entre le cabinet et le laboratoire : « L’investissement pour un cabinet dentaire est d’environ 19 000 euros pour acheter une caméra numérique. Il est dérisoire par rapport aux possibilités d’un tel système. »
Le conseil en revanche est de « commencer par le commencement » et de faire ses armes, son oeil et sa main avec une simple couronne avant de passer à plus complexe. Michel Bastide précise : « La courbe d’apprentissage peut être plus ou moins longue, mais cela compense largement les coûts des quantités de silicone pour les empreintes ratées, les fraises usées pour les retouches de couronnes, et nous offre le plaisir d’une qualité d’ajustage reproductible avec son prothésiste équipé en FAO… »

Les fichiers numériques limitent les risques d’erreur et les pertes d’information : « La visibilité est directe à l’écran, la contre-dépouille est vue immédiatement. Le cliché en engrainement fait en bouche évite les soucis occlusaux… Quand nous recevons certaines empreintes physiques il existe des approximations, perceptibles à la coulée du plâtre. »
Un enthousiasme que modère Richard Abulius, auteur de l’ouvrage Atlas de prothèse implantaire : « Il existe deux sortes d’empreintes numériques : optique ou bientôt par ultrasons. La différence est notable, l’empreinte optique ne peut lire que ce qu’elle voit… le sang par exemple peut dénaturer l’empreinte numérique. Je pense qu’il faut encore attendre un peu, attendre des articles, des conférences, des tables rondes de ceux qui pratiquent. Les silicones mono-body sont extrêmement précis aujourd’hui et ceux qui les utilisent ont des résultats exceptionnels, sans défauts. »

« Il ne faut pas redouter la CFAO, elle ne remplacera pas la main de l’homme. C’est un formidable outil qui apporte un énorme confort de travail et un gain de temps énorme. Nous pouvons nous concentrer sur l’essentiel, l’esthétique. Nous sommes entrés de plain-pied dans une nouvelle ère et ne sommes pas près de reproduire l’erreur des photographes argentiques quand ils ont vu débarquer le numérique et ont décidé de ne pas y croire : tous ceux-là ont fermé aujourd’hui. J’imagine tout à fait que dans un futur pas si éloigné que cela, il existera des machines-outils déposées dans les cabinets dentaires par les laboratoires qui seront pilotées à distance par des prothésistes de l’extérieur. » Certains matériaux ou techniques ne seront accessibles qu’aux laboratoires (et aux praticiens) qui ont choisi le numérique…
« La numérisation c’est l’avenir !
tranche Richard Abulius. Le métier est en pleine métamorphose, chaque mois, les évolutions viennent enrichir nos techniques. Le haut de gamme en prothèse dentaire n’est pas encore rattrapé par la technologie moderne. Entre le travail manuel et le numérique, il y aura autant de différences qu’entre la haute couture ou le prêt-à-porter… avec les mêmes différences de prix ! Au risque de choquer, les machines restent toutefois meilleures que les laboratoires “moyens”. »

Rappel : quel est l'intérêt des empreintes optiques ?

- Le temps : Le temps nécessaire à la réalisation d’une empreinte optique est assez court, de l’ordre de 2 minutes, (poudrage et acquisition). Le maître modèle virtuel, issu de l’empreinte optique, s’affiche à l’écran très rapidement. Il est alors possible de vérifier que tous les détails importants ont bien été enregistrés et que l’empreinte optique et également la préparation ne présentent pas de défaut. Dans le cas contraire il est très facile de corriger les erreurs de préparation et/ou d’acquisition dans la même séance.

- Pas de réflexe nauséeux : Pouvoir s’affranchir du matériau d’empreinte est un second intérêt particulièrement intéressant chez les patients présentant un réflexe nauséeux important.

- Stabilité de l’empreinte : Les données numériques issues de cette empreinte optique sont « inaltérables » et peuvent être transmises au prothésiste très rapidement.

- Quelles sont les limites des empreintes optiques ? : Il faut que l’ouverture buccale du patient soit compatible avec la manipulation de la caméra 3D au-dessus des volumes à enregistrer. Parfois, dans les secteurs postérieurs, l’empreinte optique est difficile, voire impossible à réaliser.

Les points forts de la numérisation des empreintes demeurent le gain de temps, la fiabilité, l’information immédiate chez le prothésiste, une démarche plus agréable pour le patient, moins de stress et moins de séances. Économiquement plus rentables, les empreintes numériques donnent du cabinet une image high-tech, plus hygiénique. Le gain de temps qu’offre l’empreinte numérique existe à plusieurs niveaux au cabinet, au fauteuil, puis dans la transmission au laboratoire. La numérisation permet au praticien la validation de la forme de la préparation, du parallélisme, de la lisibilité des limites etc. par une image grossie. La rapidité du geste de capture est sans commune mesure avec le temps demandé par une empreinte physique. De plus, la précision obtenue notamment au niveau de l’ajustage des armatures évite les allers-retours avec le laboratoire. Il est possible d’enregistrer un provisoire ou un mock up (ou wax up) qui va agir comme un copier-coller de la forme de l’extrados…

L'AVIS DE L'EXPERT : Stéphane Sarazin, responsable de l'agence Henry Schein de Marseille

Les logiciels CFAO nous aident à communiquer avec nos prothésistes.

« La CFAO est présente depuis plus de dix ans dans les laboratoires de prothèse et connaît un fort développement ces dernières années avec l’arrivée des caméras d’empreinte optique en cabinet. Une des principales motivations des chirurgiens-dentistes pour intégrer cette technologie est la communication directe avec les laboratoires qui disposent de multiples logiciels performants pour exploiter ces fichiers numériques (restauration prothétique, esthétique, implantologie, orthodontie, etc.).
Ainsi, le prothésiste reçoit et visualise une empreinte avec un patient encore sur le fauteuil, ce qui lui offre la possibilité de commenter en direct la préparation et de valider le travail à réaliser. Cette technologie permet également au prothésiste de communiquer au cabinet un projet esthétique que le patient peut visualiser et donc dans lequel il peut se projeter (exemple : Dsd ou Invisalign).
Les logiciels de CFAO offrent donc de multiples avantages; confort, capacité de projection et qualité de la restauration pour le patient, gain de temps et qualité de travail pour les cabinets et les laboratoires.

Merci de prendre un peu de votre temps pour répondre à une enquête en ligne sur les systèmes d’empreinte numérique destinés aux cabinets dentaires. Cette enquête ne vous prendra qu'entre 8 et 10 minutes, et permettra de mieux comprendre vos besoins professionnels.

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