Vagabondage dans le monde de la parodontologie

Ce qui est étonnant, c’est le rapport entre la certitude du traitement étiologique et la quantité toujours présente des cas de parodontologie au sein de la population…

Quelle nouvelle solution pourrait-on envisager ? Le Dr Jean-Michel PELÉ apporte des éléments de réponse. L’implantologie, continuité logique des techniques parodontales classiques, a amené plus de progrès dans le maintient d’une arcade dentaire complète que la parodontologie, dans le maintient des dents naturelles en place : il n’y a qu’a regarder l’augmentation croissante de l’utilisation de cet artifice, et le combat commercial que se livrent les laboratoires, pour s’en persuader. Et pourtant, le challenge est la conservation de la dent sur l’arcade, cette voie se trouve moins encombrée, et pourtant, bien plus naturelle. Un article à ne pas manquer.

Dr Jean-Michel PELÉ

Merci Dr PELÉ…

Le Dr Mark BONNER réagit à l’article paru dans le n°123 et intitulé « Vagabondage dans le monde de la parasitologie » du Dr Jean-Michel PELÉ.


« Cher confrère,

C’est avec très grand intérêt que j’ai lu votre article. J’oserai aussi vous féliciter, cher docteur, pour votre vif intérêt et votre grand acharnement à faire avancer les choses. La passion se sent dans vos paroles. Bravo pour votre démarche. Je vais juste apporter mon grain de sel de praticien général et de microscopiste. Et que vous le trouviez petit ou grand, il est aussi de bon cœur et assujetti avant tout au bien-être du patient. Je vous transmets alors sur la voie publique certains grands secrets, qui sont en réalité des faits scientifiques mal communiqués jusqu’à maintenant, malheureusement. Alors, qu’à cela ne tienne ! Le futur est devant.

Vous dites : « la paro n’est pas abordée d’une manière attractive et surtout qu’elle fait fausse route… tant, dans la théorie… que dans la mise en place… » ; je suis entièrement d’accord avec vous, à 100 % ; mais pas pour les mêmes raisons ! En fait, je crois au contraire qu’il faut y passer beaucoup plus de temps et profiter de ce temps docteur-patient pour avancer vers la guérison complète. Et partager… grâce à la microscopie, la réalité exacte de cette infection. Le patient est intelligent et comprend autant que le praticien ce qui ce passe dans son sillon. Cela devient un partage émouvant entre le dentiste et le patient que de conquérir la guérison parodontale ! Le patient adore !

Vous dites : « … pas chose facile malgré les formations proposées… de la conduite à tenir ». Malheureusement, je dois vous avouer, sincèrement : vous n’avez pas fait la bonne formation. Sans vous vexer, vous n’avez juste pas suivi celle que j’ai eu la chance de suivre au Canada, où l’on vous apprend à comprendre et à guérir la maladie parodontale. Ca n’est pas un reproche, vous n’avez juste pas eu de chance ! La voici maintenant !

Vous dites : « la parodontologie enseignée repose sur ce seul principe… d’hygiène… détartrage, antiseptiques… ». Et vous avez tellement raison ! Bien sûr que ce principe est valide, mais il n’est qu’un seul maillon de la chaine de la parodontie. Il faut voir le début et la fin du segment, mais surtout comprendre l’équation complète de la maladie, sa science, sans les dogmes tellement galvaudés comme de la sorcellerie de grand scientifique inaccessible depuis 30 ans. Ce que je vais essayer, en quelques mots, de vous partager. Prêtez oreille !

Vous dites : « … désarroi, car ils faisaient depuis longtemps… motivation à l’hygiène, détartrage réguliers… ». Bien sûr que cela ne marche pas ! Si vous comprenez l’équation de la parodontie, on comprend vite qu’il y a un élément déclencheur, autre, qui n’est pas en relation avec l’hygiène puis que les cas avec ou sans hygiènes ont des résultats très souvent contradictoires ! Quel est cet élément trop important qui manque à l’équation ?

Vous dites : « les cas leur semblaient difficile à stabiliser… » Je vous donne tellement raison ! Ça ne fait plus aucun sens au 21e siècle de stabiliser une maladie parodontale. Il faut la guérir, l’éradiquer, l’arrêter complètement de chez le patient, c’est son désir. Pourquoi ne pas le faire ? La solution est pourtant proche sinon déjà donnée. Ouvrons nos yeux !

Vous dites : « …la prise en charge du patient dans son intégralité, sa vie, son parcours… » Voilà on y arrive ! Enfin ! Le cœur du problème. J’y vais !

Savez-vous Docteur, que l’élément déclencheur de la parodontite est la gingivite ? Point à la ligne. De source bactérienne ou mécanique ! Quelle est la suite de l’équation ? Une réponse inflammatoire selon la circonstance et la chronicité. Celle-ci se manifeste par l’arrivée massive des polymorphonucléaires neutrophiles, par milliers (de visu à la microscopie 1 000x). Des milliers de soldats qui vont combattre et, après la guerre du sulcus, former ce pus encore …léger…dirons-nous ! Réversible ! Oublions une minute cytokines et bactéries… Attention ! Le plus grand élément de la maladie parodontale est, scientifiquement parlant, la seconde infection qui lui appartient dans 100 % des cas, celle-ci est d’origine parasitaire et met en cause l’amibe Entamoeba gingivalis et aussi Trichomonas tenax (…tenace !). Vous avez tellement raison quand vous dites, « …ses accidents de vie » : eh oui, rencontre des parasites qui sont dans la bouche parodontale du nouveau conjoint, l’eau contaminée par E. gingivalis et T. tenax, parasites dans les tropiques, le partage de nourriture et de beccos avec le chien-chien qu’on aime tant, lui aussi en parodontite avancée… réfléchissez Docteur ! Pasteur tout simplement ! Ca s’attrape ! Et, par chance, ça s’élimine aussi ! Ca n’est pas une fatalité chronique !

Tout cela pour vous partager de mes 35 ans aussi de pratique et de quelques enseignements sur le grand débat : la maladie parodontale a été élucidée dans les années 1980 au Canada par le dentiste Trevor Lyons. Celui-ci a démontré comme le confirmait les études de Kofoid au début de ce siècle : présence de ces deux parasites dont E. gingivalis qui se nourrit des noyaux des PMN, casse littéralement la réponse immunitaire locale pour relarguer de tous les côtés des cellules PMN évidées de leurs noyaux, déversant les restes protéolytiques sur les tissus environnant, sans plus aucun contrôle. Identique à l’amibiase intestinale dysentérique, quoi de plus surprenant ! De muqueuse à muqueuse, on est tellement loin de nos confrères gastro-entérologues et gynécologues ! Rapprochons nous, vivement ! Guérir la maladie, et la prévenir ; facile : d’abord arrêter l’hémorragie interne au sulcus, arrêter l’apport des érythrocytes et des neutrophiles aux amibes vampires et aux flagellés nauséabonds. Les parasites éliminés, les bactéries anaérobiques s’arrêteront du même coup ! Même pas besoin de les analyser (vous avez raison !). Entrainer le patient (coaching serré devant le miroir 20 minutes sur 10 séances à un mois d’intervalle). Et c’est gagné : parti les saignements, indice zéro. Les poches se referment pour revenir à des niveaux d’1, 2 ou 3 millimètres. Le microscope, des mois durant, nous montre et prouve une flore commensale exempte de PMN. Diagnostic ! Pas de gingivite à l’horizon ? Tout va ! Elle est devenue coriace la gencive, comme de la peau, imperméable. Quelques années plus tard, l’os s’est reconstruit dans tous les défauts verticaux, comme une blessure guérie du corps humain ! La cicatrisation est complète. La gencive est un peu rétractée des suites de l’os perdu du passé. Normal, pas pris suffisamment tôt. Vivement un microscope pour tous !

Alors, quand vous dites « … le problème bactérien » : rien à voir, on retrouve les mêmes bactéries sur le dentier (Teles, 2012) ! Pourquoi le Métronidazole est-il si populaire ? Parce qu’il tue les parasites qui habitent la crypte parodontale, c’est déjà là, son rôle principal dans toute la médecine contemporaine. Voilà ! Il n’y a qu’à regarder (microscope à contraste de phase 1 000x, biofilm étalé sur la salive du patient, l’eau du robinet déforme les parasites, à éviter). Je suis par contre en désaccord que vous nous rameniez l’occlusion, on repart en 1950. Si ce n’est qu’un facteur de départ de gingivite alors, oui. Les stabilisations et détartrages si fréquents et tellement rabâchés (Oui… je vous supporte) ne font que diminuer la paro de moitié et les saignements de moitié. Verre à demi plein ou à demi vide, cela ne fait aucun sens : le patient est encore à moitié infecté ! Sur, qu’il faut de la maintenance à outrance, ça n’est pas guéri ! Là d’accord ! Par contre, sur l’étudiante Corse avec le tartre qui lui sort par les oreilles, ce n’est pas la demoiselle qui est fautive. J’ose : n’avez-vous pas honte chers docteurs de ne pas avoir d’hygiénistes dentaires ?

Le fautif ici c’est vous tous ! Alors pour la discussion ; maladie parodontale : gingivite + PMN + seconde infection parasitaire attrapée sur fond de gingivite, vampirisme parasitaire cellulaire : relarguage d’enzymes protéolytiques + destruction des tissus ! Santé : stopper les globules rouges et les globules blancs servant de nourriture aux parasites, enlever les quelques parasites résiduels, conditionner le patient à l’effigie d’une hygiéniste dentaire (faisable, même en France), s’assurer d’une flore bactérienne commensale sans PMN au microscope et le tour est joué. Le tartre n’est qu’une conséquence, il s’enlèvera facilement une fois la désinfection complétée, la gencive toute rose. Et prenez votre temps, le patient est déjà sur la route de la guérison, tenez-lui la main, juste, mais jusqu’à complétion. Facteurs de risques ? Faites le calcul mathématique selon les probabilités : Tabac, stress, PST : 4 fois plus de risques ; parasites et PMN : 9 800 fois plus de risques ! Alors Dr Pelé, je vous dis bravo pour votre principe de l’aérobie, là vous avez du grand flair !

L’idée est géniale dans le contexte parasitaire ! Nous avons publié en février dans le journal AOS, 632 cas de patients guéris par la méthode anti-parasitaire et constaté une incidence de 95 % d’Entamoeba gingivalis dans les péri-implantites avec de vos confrères tout proche de vous. Alors, à vos marques j’espère docteurs : microscope à partir des poches infectées (surtout pas de façon aléatoire !). Trim en 2011 a démontré l’absence des parasites dans la santé, et leur absence sur les dents non touchées dans les cas de parodontites localisées. « Que voulez-vous de plus ? » dirait mon premier ministre canadien ! Merci Dr PELÉ pour ces mots magnifiques que vous nous avez offert. Pardonnez ma vivacité passionnelle. J’espère sincèrement que nous deviendrons les plus grands amis du monde ! »

Dr Mark BONNER