Entretien avec le Pr Jean-Luc Béziat

À l’occasion des Journées Cliniques AFPP/RNO qui se sont tenues les 27 et 28 mars dernier à Nantes, nous avons rencontré le Pr Jean-Luc Béziat. Il nous a parlé de son livre Chirurgie orthognathique piézoélectrique, édité par EDP Sciences.

Indépendentaire : Pouvez-vous nous raconter la genèse de cet ouvrage ? Combien de temps a nécessité sa rédaction ?

Jean-Luc Béziat : Cet ouvrage a été rédigé à la suite de demandes exprimées par les résidents et assistants de mon service qui souhaitaient disposer d’un document illustré faisant la synthèse des techniques de chirurgie orthopédique que j’utilisais. J’avais tout d’abord fait un petit fascicule qui a, par la suite, évolué pour devenir peu à peu ce livre assez volumineux. Il m’a fallu 2 ans pour rédiger, faire les dessins et réunir l’iconographie.

L’équipe des coauteurs est-elle constituée des professionnels avec lesquels vous travaillez au quotidien ?

Au départ, je pensais faire un livre purement centré sur la technique chirurgicale, puis après discussion avec l’éditeur, il est apparu qu’il était préférable de l’enrichir de deux chapitres, l’un concernant la préparation orthodontique et l’autre la préparation prothétique de façon à ce que le lecteur ait une vue globale. La préparation prothétique, a été rédigée en collaboration avec le prothésiste de mon service, Boris Barbic, avec lequel je travaillais depuis une vingtaine d’années. L’aspect orthodontique a été rédigé avec l’orthodontiste de l’école dentaire avec laquelle je travaillais le plus, Jean-Jacques Aknin.

Existe-t-il véritablement un avant et un après piezosurgery en chirurgie cranio-maxillo-faciale, et plus précisément en chirurgie orthognatique ?

Cet ouvrage fait état des techniques chirurgicales piézoélectriques. En effet, avant, on sectionnait l’os avec des moyens mécaniques et l’apparition de la piézochirurgie en 2000, qui a été proposée par Tomaso Vercellotti, a transformé les techniques chirurgicales car la piézochirurgie est une technique de découpe osseuse qui est extrêmement précise et totalement atraumatique. Elle a complètement changé les possibilités opératoires à condition de changer de technique. Il y avait une technique avant la piézochirurgie et il y en a une après. Ce nouveau concept est valable à la fois en chirurgie orthognathique et dans l’ensemble des chirurgies craniofaciales. Je suis convaincu qu’il va s’étendre à d’autres spécialités.

La réussite des traitements des dysmorphies repose selon vous sur la collaboration entre orthodontistes, prothésistes et chirurgiens : est-elle protocolée ? Ou se construit-elle avec les années ?

La grande difficulté de la chirurgie orthognathique c’est la collaboration entre les différents praticiens qui participent au traitement d’un patient. Il faut qu’il y ait une bonne entente entre le chirurgien et l’orthodontiste et entre le chirurgien et le prothésiste. Cette entente n’est pas innée. Il n’y a pas de règles, elle naît et se développe au fur et à mesure de la collaboration. Donc une équipe est beaucoup plus performante lorsqu’elle a traité de nombreux cas qu’au début de sa collaboration. Ce qui fait qu’à mon sens, on ne peut pas prendre en charge, en chirurgie orthognathique, des patients avec n’importe quel orthodontiste. Il faut qu’il y ait un certain volume de patients annuel pour que l’activité soit correcte. Il faut des années pour avoir une parfaite collaboration.

Le cas des complications est-il abordé ? Des solutions pratiques sont-elles exposées ?

Dans cet ouvrage, si vous le lisez, vous verrez qu’il n’y a pas de développements très importants sur les complications post-opératoires. Il ne doit pas y en avoir. Il existe quelques incidents qui peuvent survenir et qui sont signalés mais une technique rigoureuse met à l’abri des complications. En revanche, on insiste beaucoup sur les réglages peropératoires, l’adaptation peropératoire, les difficultés que l’on peut rencontrer et les techniques pour les contourner et les annuler.

Très pratique, cet ouvrage présente des pas à pas très pédagogiques sans les avant/après, et semble pouvoir se consulter selon le besoin du lecteur, à quel public s’adresse-t-il ?

Cet ouvrage est un ouvrage pédagogique qui s’adresse essentiellement aux jeunes chirurgiens qui débutent dans cette spécialité. Nous exposons pas à pas toutes les démarches qui vont du diagnostic jusqu’aux suites postopératoires. Il peut également rendre service à des chirurgiens avertis qui veulent se perfectionner dans le domaine de la piézochirurgie. Mais à l’origine c’est un ouvrage qui est destiné aux internes, aux résidents et aux assistants.

Quels conseils donneriez-vous à un jeune praticien voulant aborder la piézochirurgie ?

Je crois qu’il n’y a pas de conseils spécifiques hormis le fait qu’il faut accepter l’idée de changer les techniques chirurgicales et que la chirurgie n’est pas une course contre la montre. En piézochirurgie, on ne peut pas utiliser les mêmes techniques qu’avec les coupes mécaniques. On peut avoir l’impression de perdre du temps car les coupes sont plus longues, mais c’est faux. L’intervention n’est pas plus longue, elle est tellement plus précise qu’on rattrape le temps, donc je leur conseillerais d’être patients !