L’orthodontie de l’adulte en 2018 vue par les Dr Nicolas et Dr Guillaume, fondateurs de l’Académie d’Orthodontie

 

TRIBUNE

À l’ère du selfie, la demande esthétique explose chez les patients adultes qui sont de plus en plus nombreux à pousser la porte des cabinets d’orthodontie pour un plus joli sourire.

Avec l’avènement des systèmes par aligneurs les gens entendent parler d’orthodontie pour adulte beaucoup plus que par le passé ; que ce soit par le bouche-à-oreille, par les campagnes de communication des laboratoires ou encore par le fait que certains traitements sont désormais proposés par des chirurgiens-dentistes. Les omnipraticiens ont aussi de plus en plus conscience du fait qu’ils peuvent — ou qu’ils doivent — travailler main dans la main avec les orthodontistes.

De nouveaux vecteurs importants vont ainsi amener des patients adultes à consulter l’orthodontiste : tout d’abord, nous sommes à l’ère du selfie ! Les gens ne prennent plus en photo un paysage ou un monument mais une photo de leur sourire devant ce paysage ou ce monument. L’image corporelle est devenue socialement très importante. Cela conduit à une augmentation de la demande pour avoir un joli sourire. Le traitement des apnées du sommeil constitue un second vecteur. De plus en plus de personnes se retrouvent, dans leur parcours thérapeutique, à consulter l’orthodontiste.

Cette croissance de la patientèle adulte fait aussi bouger les lignes. Il y a 20 ans, on essayait de traiter les adultes comme on traitait les enfants. Aujourd’hui, c’est l’inverse. Nous traitons les enfants comme de futurs adultes. Nous serons, par exemple, plus vigilants chez l’enfant aux potentiels problèmes ventilatoires et sur l’harmonie faciale, en veillant à replacer le sourire dans une face et dans une fonction globale, et plus seulement dentaire comme on pouvait encore l’apprendre il y a quelques années. Avec notre espérance de vie qui s’allonge, la vie adulte de nos patients est de plus en plus longue. Il nous incombe ainsi de le mettre dans les meilleures dispositions pour qu’il puisse traverser cette phase de la meilleure manière. Chez les adultes qui viennent consulter, il existe différents profils. Ceux qui ont déjà été traités et qui présentent une petite récidive et ceux qui n’ont jamais été traités, ou qui ont été traités il y a 20 ou 30 ans, à une époque où les considérations étaient différentes. Tous les jours nous dépistons des problèmes locaux, parodontaux ou plus systémiques comme l’apnée du sommeil ou des problèmes ventilatoires, posturaux… Ces problèmes fonctionnels vont parfois surprendre le patient qui souvent n’imagine pas, en passant la porte du cabinet d’orthodontie pour se faire aligner des antérieures, que ce spécialiste va dépister chez lui un syndrome d’apnée du sommeil et qu’il peut, dans certains cas, radicalement changer sa vie avec la bonne prise en charge. Le patient garde le choix d’engager un traitement ou pas, mais de notre côté notre devoir d’information est rempli intégralement.

Mais il faut être formé à cette approche et à la communication. Tous les praticiens que nous rencontrons ne savent pas forcément l’appréhender au quotidien et comment l’associer à notre fonction première d’orthodontiste qui consiste à aligner les dents et redonner un beau sourire, bien intégré dans la face. À ce sujet, les patients ont parfois une image des choses qui est déformée. Ils vont demander d’avoir les dents globalement alignées, avec un espoir de résultats, sans la capacité à savoir si ce sourire va être bien intégré par rapport au profil, aux lèvres, etc. Ils peuvent aussi être déçus du résultat si le praticien n’a pas pris le temps de bien expliqué et mis en place ce qu’il fallait pour avoir le bon résultat.

Dans nos formations les gens sont formés à la communication, au diagnostic et aux traitements de toutes ces pathologies nouvellement prises en charge au cabinet d’orthodontie, sur l’aspect parodontal, ventilatoire, ORL, neuromusculaire, etc. Ces thèmes-là sont malheureusement peu enseignés dans le cursus universitaire. Les choses évoluent tous les jours. La formation reste bien évidemment le vecteur numéro 1 pour progresser et évoluer avec son temps. Il ne faut pas se fermer, et s’ouvrir à tout ce qui est dit et savoir ensuite, par notre formation universitaire, faire la part des choses.

SÉBASTIEN NICOLAS ET GUILLAUME JOSEPH, ORTHODONTISTES, FONDATEURS DE L’ACADÉMIE D’ORTHODONTIE