Les secrets du quatre mains

Les secrets du quatre mains

Le plus souvent, le travail à quatre mains est appliqué pour des actes de collage/recollage, le débaguage, éventuellement des actes de chirurgie... tout le reste n'est qu'aide au fauteuil. B.a.-ba d'une pratique synonyme de productivité et de rentabilité.

Plongez, tête la première, en pleine séance de collage direct… ce doit être aussi vrai que nature et les images aussi nettes et claires que les souvenirs de ces belles journées de vos dernières vacances d'été. Imaginez-vous, non pas allongé au soleil, mais concentré sur le positionnement du tube molaire… Vous y êtes. Votre poignet effectue une faible rotation sur lui-même et votre assistante se saisit de la précelle à coller, elle vous tend la nouvelle précelle pour le bracket de la première molaire. Vous n'avez pas eu à lever les yeux pour poursuivre votre tâche.

Vous êtes parfaitement concentré, vous ne perdez pas de temps, vous êtes serein et vous vous fatiguez moins - en fin de journée, c'est une évidence, vous allez le constater. Loin de ce tango parfaitement exécuté, le « quatre mains » au cabinet est un travail de collaboration entre deux personnes, certes, mais souvent approximatif et, parfois même, plus ou moins improvisé…

Un « quatre mains », plusieurs réalités

La plupart des praticiens qui ont embauché une assistante au fauteuil disent « travailler à quatre mains ». Abus de langage qui consiste simplement à définir leur statut d'« orthodontiste non solo » car, selon nos constatations, l'assistante s'affaire le plus souvent dans la salle de stérilisation ou bien règle les relations patients, ou fournisseurs, ou s'occupe du standard téléphonique… vous le savez, très loin du « travail à quatre mains » à proprement parler. Une autre petite part de praticiens décide de bénéficier des services d'une assistante et met en place une organisation plus pro en décrétant sa place dans la salle de traitement. Ils demandent alors, oralement, à leur employée de bien vouloir -?« s'il-vous-plaît-sans-vous-commander-sauf-votre-respect » - ouvrir un tiroir pour y prendre un instrument x ou bien d'aller chercher ce qu'ils ont pu oublier. Là encore, rien ne ressemble de près ou de loin à un « travail à quatre mains ».

Un peu plus loin dans la collaboration praticien-assistante, certains orthodontistes décident d'installer leur assistante aussi confortablement qu'eux pour qu'elle apporte une troisième main à leur patron, mais ne s'exécutent toujours pas dans un véritable « travail à quatre mains ». Sur l'écran supérieur de l'échelle du binôme praticien-assistante, les volontaires au travail assisté décident que les quatre mains, mais aussi les quatre yeux et les deux cerveaux doivent être penchés sur la bouche du patient.

Bonne initiative?! Mais si le praticien lève les yeux pour regarder son assistante qui tarde à lui donner un instrument, s'il demande quelque chose oralement ou s'il attend plus d'une seconde ledit instrument, par exemple, il est vrai qu'il aurait alors plus vite fait de répondre à son besoin par lui-même. Le « travail à quatre mains » n'est efficace que s'il est véritablement conçu et pensé.

Le « travail à quatre mains » consiste à garder ses yeux et sa concentration dans la bouche du patient sur le travail clinique en cours; les avant-bras ne doivent pas bouger, la main doit simplement accueillir l'instrument que l'assistante y aura placé dans un angle précis, car le bon, et dans un ordre établi par le protocole clinique -?étant entendu que tout cabinet d'orthodontie qui se respecte a d'ores et déjà protocolé l'ensemble de ses actes.

Le quatre mains pour quels actes

Maintenant que nous avons fait la différence entre le « travail à quatre mains » et sa lointaine cousine, l'aide au fauteuil, cernons le terrain d'application de cette organisation en orthodontie. Le « travail à quatre mains » va augmenter la productivité et la rentabilité et diminuer les TMS (les troubles musculo-squelettiques) du praticien parce que le « travail à quatre mains » va concerner tous les actes où l'enchaînement des instruments, parfaitement chorégraphié, occasionnera un gain de temps et les bonnes. L'analyse de ces actes fait ressortir qu'il est profitable d'adopter le « travail à quatre mains » qu'ils soient courts ou longs.

  • Les actes courts?: il s'agit notamment des changements d'arc en méthode multi-attache conventionnelle - soit par ligatures métalliques, soit par ligatures élastomériques.
  • Les actes longs?: sont concernés les collages directs - passation des précelles de collage et exploitation d'instrument secondaire type miroir de bouche - et indirects - mise en place de la colle et photopolymérisation à l'aide de la lampe.

Chaque praticien pourra identifier les actes qui nécessitent seulement de l'aide au fauteuil et les actes ou le « travail à quatre mains » fera bondir la productivité, jonction faite avec le concept d'organisation en bacs et cassettes.

Pendant le traitement, le praticien doit garder ses yeux dans la bouche du patient?: sa concentration doit être optimale et ses yeux n'ont pas à souffrir d'efforts d'accommodation en zappant sur les différentes zones de la salle de consultation. C'est donc l'assistante qui se charge de la logistique sur l'ensemble de la chaîne?: stérilisation, commande, réception des consommables et matériels (dont vérification) jusqu'au rangement et la gestion des stocks afin que tout soit en place et exploitable pendant le « travail à quatre mains ».

La totale mise à disposition

Toutes les installations permettent de mettre en place le « travail à quatre mains » dans la mesure où l'aspiration chirurgicale est à main droite de l'assistante. Un plateau pour l'instrumentation est en situation transthoracique pour lui permettre de prélever et reposer l'instrumentation nécessaire. La position de l'assistante surplombe la tête du patient - du praticien aussi pour ne pas être dans son champ de vision -, fauteuil de l'assistante surélevé à condition que ses pieds reposent bien à plat sur le sol - l'aménagement d'une estrade peut répondre à toutes ces conditions pieds et vision du champ opératoire en surplomb.

En termes d'ergonomie et d'économie d'énergie, la posture de l'assistante est?: dos plat, bras le long du corps et les avant-bras pliés à 90° pour une aisance des mouvements et des gestes limités aux classes 1 à 3 (les doigts ; les poignets, les doigts, les poignets et les coudes). Les genoux sont pliés à 130°, le bassin en bascule de 20° et les pieds… à plat sur le sol?!

Dans l'enchaînement de ses gestes, et si l'aspiration n'est pas nécessaire?:

  • l'assistante donne l'instrument de la main droite;
  • l'assistante reprend l'instrument de la main gauche;
  • l'instrument secondaire est maintenu entre l'annulaire et l'auriculaire main droite pour être disponible à n'importe quel moment.

L'assistante se charge également de l'instrumentation dynamique et positionne de cette manière les fraises. Ainsi, dans ce ballet, l'assistante est disponible pour son praticien qui pourra se concentrer sur l'acte avec des mouvements de classe 1 et 2 (les doigts ; les poignets), l'assistante ayant à charge de lui prendre chaque instrument à son signal (auriculaire levé), signal qui intervient trois secondes avant le changement. L'assistante attend le geste de retrait de l'instrument de la bouche pour agir?: prendre l'instrument/donner l'instrument, étant entendu que chaque acte a été protocolé et que chaque protocole est connu de l'assistante.

Pour être opérant, le « travail à quatre mains » exige un grand travail de réflexion et d'organisation?: il ne peut être parfaitement appliqué en dehors des notions de groupement des actes, gestion de l'agenda, protocoles cliniques et organisation en bacs et cassettes. ?Le dénominateur commun à tout « travail à quatre mains » est bien entendu… l'assistante. Ainsi, constituer une bonne équipe et une communication sans faille avec elle permet de véritablement optimiser et valoriser sa fonction - en aparté, l'assistante est malheureusement trop souvent surnommée, quoi qu'avec humour, « porte-canule » ou « ouvre-porte?» !

Travailler en binôme permet d'être deux fois plus efficace mais aussi deux fois plus concentré; le vrai « travail à quatre mains » augmente la concentration du praticien, réduit les risques opératoires, la fatigue, le stress et produit un gain de temps tout en sécurisant le patient qui, lui aussi en bénéficie et se sent, alors, complètement pris en charge.

Retrouvez l'intégralité de cet article dans Orthophile n°20