Cecsmo vs internat - La réforme du cursus de spécialisation ODF

Cecsmo

Depuis 2012, l’internat est la seule voie qui mène à la spécialité : le Cecsmo aura donc « organisé » le développement de la spécialisation en formant environ 2 000 praticiens en une trentaine d’années. Face-à-face, les deux cursus s’opposent par leurs statuts pour ensuite faire la différence avec des réalités d’exercice différentes. Tout en posant la question de la spécialisation par les commissions de qualification.

En même temps qu’il a sonné la fin du Cecsmo, l’arrêté du 31 mars 2011, qui a créé les diplômes d’études spécialisées en odontologie, a modifié l’essence même de l’internat généraliste qui a été remplacé par un internat qualifiant conduisant à la délivrance de trois diplômes d’études spécialisées (DES) :

• le DES de chirurgie orale, formation commune à la médecine et à l’odontologie ;

• le DES de médecine bucco-dentaire ;

• le DES d’orthopédie dento-faciale.

Ces trois voies sont accessibles, après concours national classant, par les étudiants de 5e et 6e années en dentaire (D3 et T1) dans le cadre du troisième cycle long des études odontologiques. C’est en fonction du rang de classement au concours national d’internat en odontologie que se fait le choix de la spécialité (l’ODF est la première choisie), puis le choix du lieu d’affectation. Ce recrutement par concours national change radicalement du recrutement local de l’examen classant du Cecsmo : compétition évidente et mobilité en fonction du classement avec éloignement souvent des facultés d’origine.

Désormais, une seule voie permet donc d’accéder à la spécialité ODF, celle de l’internat avec le DES d’ODF. Le nombre de postes d’internes dans la filière doit assurer un nombre suffisant de spécialistes en ODF : une soixante de postes, dont un petit nombre à titre européen (lire plus loin), sont ouverts au recrutement en ODF (la même quantité en nombre de spécialistes que le Cecsmo formait jusque-là chaque année).

Qu’est-ce que ça change ?

Avec la réforme, le cursus de la spécialité ODF prend une véritable dimension médicale du fait, entre autres, de son mode propre de formation en milieu hospitalier, de plus à temps plein. La formation se réalise sur 3 ans, période pendant laquelle l’interne est à la fois étudiant en formation et hospitalier à plein temps par le statut et la rémunération. Le quota d’heures de formation (théorique, clinique et TP dirigés) est nettement augmenté, passant de ce fait d’un total de 2 100 heures à 7 600, multiplié quasiment par 3,5 (voir le détail et notre tableau Cecsmo vs DES ODF Comparatif des temps de formation).

Pour permettre aux praticiens en exercice d’accéder à la spécialité, un internat en odontologie dit « à titre européen » est réservé aux praticiens des Etats de l’Union européenne (dont les praticiens français) justifiant d’au moins 3 années d’exercice professionnel. Le concours est le même que celui de l’internat national, mais le classement se fait sur une liste distincte ; la formation est ensuite identique.

Une autre voie de spécialisation est mise en place au travers de commissions de qualifications qui, sur la base de l’expérience, de la compétence et du savoir-faire du candidat, valideront leur spécialisation (lire page ci-contre Les commissions de qualification Mode de fonctionnement).

Le sens de la réforme

La réforme vise une harmonisation des formations au niveau européen. Avant la mise en place de l’internat qualifiant, l’orthodontie était la seule spécialité reconnue en odontologie. Mise à part le passage de 4 ans (mi-temps) à 3 ans (temps plein), ainsi qu’un approfondissement des connaissances, l’internat offre peu de changement par rapport à la précédente formation d’orthodontiste (Cecsmo).

Il semble cependant opportun de signaler cette période charnière de transition durant laquelle les Cecsmistes et internes devront se partager un terrain commun malgré de profondes différences de statut : les Cecsmistes sont des étudiants sans statut hospitalier qui disposent de temps pour exercer « en ville » afin d’être rémunérés ; les internes en agents publics font partie d’une équipe de soins au sein d’un CHU, ils sont rémunérés à temps plein. Ainsi pour cette période de cohabitation, le Cecsmo a conservé le probatoire mais adopté un enseignement théorique sur 3 années, la 4e étant consacrée à la clinique exclusivement (les internes du DES finissent leurs études de spécialité en 3 ans).

Si l’internat permet d’approfondir ses connaissances et sa pratique sans être plongé immédiatement dans l’exercice libéral, il l’en éloigne. Le Dr Laurence Abtan, ancienne interne des hôpitaux de Paris, considère que « Les futurs internes (…) éloignés du contexte de l’exercice libéral ne seront pas au fait de toutes les possibilités techniques. Ceux qui n’auront pas exercé en omnipratique ne seront pas en mesure d’une prise en charge globale des patients.

Or, l’orthodontiste orchestre cette prise en charge entre toutes les disciplines. » Les internes prendront en charge des patients pour la totalité de leur traitement avec autonomie au sein de l’hôpital tout en continuant à bénéficier de l’encadrement du corps enseignant. L’internat leur permettra de préparer en parallèle des certificats de maîtrise ou masters, en sachant que le titre donne à lui seul une équivalence pour l’obtention du troisième certificat de maîtrise. L’internat leur permet aussi d’acquérir des compétences cliniques reconnues qui seront certifiées par le titre d’interne que le praticien aura la fierté de pouvoir afficher, peut-être dans son propre cabinet.


Légende : cette augmentation du temps de formation est uniquement liée au statut général de l'interne, qui doit consacrer la totalité de son temps à ses activités odontologies et sa formation.

Les commissions de qualification

Mode de fonctionnement

Tout praticien peut désormais faire valoir les acquis de son expérience en ODF afin de pouvoir exciper le titre de spécialiste qualifié en ODF. La demande de qualification se dépose au conseil départemental de l’Ordre qui la transmet à la commission nationale de 1re instance d’ODF. Elle doit être accompagnée d’un dossier comportant des pièces justificatives de formation ou d’expérience professionnelle de praticien dans la spécialité (lire ci-dessous). La commission nationale de 1re instance émet un avis « motivé », transmis au conseil départemental de l’Ordre qui prend « une décision de qualification », favorable ou défavorable, sur la base de cet avis et transmise au Conseil national de l’Ordre.

Le discours de la méthode

Que ce soit pour le praticien ou l’assistante coordinatrice, le discours doit être au point. Si les modèles de démonstration apportent beaucoup, ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. Ils sont bien sûr très utiles en tant que support et offrent une véritable aide à l’explication. La communication passe plus facilement : le praticien est dans son élément, il est clair et le patient le ressent. Tout s’établit dans la sérénité. Le patient prend confiance et la possibilité lui est offerte de prendre en main la maquette qui renferme la solution à ses problèmes, cela joue souvent un rôle de détonateur et sa motivation s’établit plus facilement.

Comment se fixe l’appareil ? Les crochets sont-ils suffisamment discrets ? À peine posées, les questions trouvent rapidement une réponse. Le choix revient alors au patient, et lorsqu’il accepte son plan de traitement, il peut en mesurer toutes les facettes, en constatant sur le modèle qu’elles répondent à son problème. « L’utilisation de la maquette ne doit pourtant pas être systématique, nous précise Guylène Favard, assistante coordinatrice dans un cabinet dentaire spécialisé dans l’esthétique. Il convient de l’utiliser pour rassurer le patient. Il arrive que les explications données au fauteuil soient suffisantes et il est alors peu utile de sur argumenter », ajoute-elle.

Quel parcours ?

Le parcours doit satisfaire :

1- un total de formation de 2 300 heures dont 500 théoriques 300 TP dirigés 1500 de clinique (identique au Cecsmo) ;

2 - la validation de chaque année d’étude par un examen ;

3 - la présentation d’une recherche personnelle sous forme d’un mémoire ou d’une thèse.

En dehors du volume horaire, l’appréciation des dossiers fait appel à deux notions :

• le niveau et l’étendue des connaissances ;

• le niveau et l’étendue des compétences professionnelles.

Les contenus pédagogiques comme le niveau scientifique sont appréciés, l’absence de formation théorique dans la discipline est un critère de rejet. Des « preuves » de l’acquisition des connaissances et des compétences doivent être produites : formations théoriques validées par un examen, participation active aux formations de pratiques, pratique personnelle ou observation lors des formations cliniques « en précisant la durée ». L’activité de soins, « ou d’enseignement dans des structures labélisées (universitaires et hospitalières) », doit être validée par des instances de direction qui doivent préciser :

« la nature de l’activité, sa durée hebdomadaire et la période concernée ». L’analyse consiste à justifier une formation clinique pour garantir une capacité à prendre en charge les cas pluridisciplinaires les plus complexes, ceux nécessitant l’intervention d’autres disciplines médicales également.

L’examen doit permettre de connaître une pratique exacte de praticien : mode d’exercice, nombre de cas traités depuis le début de la pratique, nombre de cas actifs pris en charge chaque année, type de dysmorphoses traitées, limites que s’imposerait éventuellement le candidat dans sa pratique, distingo des techniques utilisées chez l’enfant, l’ado et l’adulte, ainsi que le temps annuel de la pratique de l’ODF.