Ces patients qui ont peur… Comment les recevoir ? (sans perdre trop de temps)

Ces patients qui ont peur

Sans parler des véritables stomatophobes qui demandent une prise en charge adaptée sous A.G, certains patients plus angoissés que la moyenne méritent une attention particulière, pour ne pas voir leur rendez-vous durer le double de temps que prévu. Conseils de spécialistes de l’apaisement.

Cécile 42 ans, chargée de mission en urbanisme dans les Côtes-d’Armor, est une patiente comme nous en croisons souvent, elle explique volontiers sa peur d’aller chez le dentiste. « Ce n’est pas vis-à-vis de la personne et bizarrement, ni de l’acte en lui-même. Je n’ai pas peur d’avoir mal, c’est vraiment l’ambiance qui me gêne : être assise face à une lumière, bouche ouverte et ne plus bouger, sans pouvoir parler. Je vis cet “entravement” comme une torture. Cette appréhension est inconsidérée mais je n’ai pas trouvé de moyen de me calmer. J’en arrive à faire des crises de spasmophilie ! J’ai tout essayé, rien n’y fait, même les calmants. À chaque soin, j’ai la boule au ventre et passe trois nuits sans dormir. J’ai peur, vraiment peur... ». Cette peur n’est pas systématiquement aussi clairement exprimée, mais elle explique nombre d’annulations, de reports, de retards ou même d’agressivité. Il est nécessaire – et possible – de détecter le niveau d’appréhension de ces patients au plus tôt pour adapter à la fois l’agenda (quelques minutes de plus à prévoir) et la communication de l’équipe soignante.

Angoissés, très angoissés et phobiques

Les patients angoissés ou très angoissés à l’idée d’une visite (même de contrôle) chez leur praticien sont nombreux. Si 36 % des patients qui entrent au cabinet reconnaissent ressentir une appréhension dite « normale », nous remarquons chez d’autres une inquiétude marquée par une tension physique. Cette angoisse provient souvent de l’arrivée même dans le cabinet qui confronte le patient avec un milieu et une équipe peu connus, voire inconnus. Mais ces peurs n’interfèrent pas sur la visite si le praticien sait à la fois l’accepter (sans agacement ni dénigrement) et la canaliser.

Il existe une peur « panique » qui nécessite de suspendre régulièrement la séance. Elle n’est pas toujours avouée mais les réactions corporelles comme la transpiration, la mâchoire serrée et la tension musculaire sont révélatrices. Cette phobie spécifique atteint seulement 3 à 5 % des adultes et 6 à 7 % des enfants, elle est liée à la peur extrême (et comme toute phobie, irrationnelle) des soins médicaux (injection, sang, soins, etc.). Cette réaction est d’autant plus invalidante qu’elle recule le moment des soins ou induit une négligence des soins (mais c’est à l’hôpital qu’iront ces cas de phobies extrêmes, impossible ou presque à traiter au cabinet).

Comment accueillir la peur ?

Lorsqu’un patient est fébrile, voire stressé, il est préférable d’en tenir compte. Il est important pour détendre le patient de simplement signaler que l’on a remarqué son malaise. La simple formule (que ce soit le praticien ou l’assistante qui la prononce) « Je vous sens tendue Madame Moldus, quelque chose vous inquiète ? » désamorce les tensions dans une majorité de cas. « Si Madame Legrand commence à nous raconter une mauvaise expérience, rien n’est plus enrichissant que d’écouter les raisons de sa peur, précise le Dr Christophe André, psychiatre et psychothérapeute à l’hôpital Sainte-Anne (Paris). Cette source de renseignement est précieuse pour cerner les difficultés du patient, ses attentes et les erreurs à ne pas reproduire. »

Plus un patient a peur, plus il faut ménager des pauses au cours des soins pour faire redescendre les tensions. Il ne s’agit pas de chercher à analyser ses angoisses mais de les prendre en compte et de communiquer avec ces patients : « Pour bien travailler ensemble, dites-moi ce qui est important pour vous (nombre de pauses, se lever du fauteuil, ne pas avoir de tablette au-dessus du torse…) »

Comment diminuer la peur ?

Commençons par accepter et respecter le fait que les patients peuvent ressentir de la peur et ne nous laissons pas contaminer par leur stress. Un praticien apaisant et bienveillant sera non-anxiogène. L’équipe soignante a également son rôle à jouer en adoptant à son tour un comportement bienveillant et rassurant. Un contexte agréable grâce à un écran au plafond, de la musique zen et des huiles essentielles favorise la détente du patient et, par la même occasion, celle de l’équipe. « Le plus simple est de procéder par étapes : la découverte d’un environnement inconnu, l’explication des soins lors d’une première visite pour communiquer et préparer le rendez-vous suivant, conseille le Dr Christophe André. »

Savoir anticiper

Le Dr Marie-Claire Hugly possède une double formation, psychologue et chirurgien-dentiste, cette double casquette l’amène à être particulièrement à l’écoute pour dialoguer et à décoder les réponses ou les symptômes de ses patients (fuite, peur d’avoir mal, peur de se brosser les dents, difficulté à ouvrir la bouche, etc.). Elle a appris à communiquer avec une approche adaptée avec les patients angoissés : « J’explique aux patients que nous ne sommes pas là pour les juger et que nous comprenons leur appréhension. Je leur propose des solutions pour apaiser leurs tensions, mon discours est orienté sur la pédagogie : “Si vous avez peur des piqûres sachez qu’il existe des pâtes anesthésiantes que nous plaçons avant de faire l’injection. Si c’est le bruit qui vous est insupportable, amenez votre lecteur de musique. Nous pouvons également fixer un pré-rendez-vous afin de discuter, de vous présenter les lieux, l’équipe et de vous expliquer en images les soins dont vous avez besoin”. »

Pas seulement utile avec les enfants, le champ lexical utilisé peut participer à calmer les appréhensions. Michel, 58 ans omnipraticien solo dans les Pyrénées-Orientales a banni certains mots de son vocabulaire : « Je m’interdis par exemple de prononcer le mot piqûre, même avec les adultes ! De toute façon, les patients ne voient pas l’aiguille, je dis seulement que je vais anesthésier… aux plus sensibles, je vais jusqu’à dire “endormir”, je trouve que le terme anesthésie sonne trop médical… et j’abuse de termes qui évoquent la détente et le bien-être, en parlant par exemple de “massage préalable” pour désigner la pâte anesthésiante. De même, je ne parle pas d’extraction, mais d’“enlever une dent trop abîmée” ».

Renforcer le sentiment de contrôle

« Pour résorber la peur lors de la seconde visite, un levier d’action consiste à augmenter leur sentiment de contrôle : communiquons, informons, montrons ce qui se passe par caméra intra-buccale et sur la pano, insiste le Dr Christophe André. » Il est également recommandé d’expliquer tout ce qui est fait. Des phrases adaptées au patient permettent d’entrer dans le mode communication empathique. Pour l’exemple d’une anesthésie : « J’aimerais endormir votre dent pour que vous n’ayez pas mal. Êtes-vous d’accord ? » Si la réponse est : « J’ai peur de la piqûre », le Dr Marie-Claire Hugly propose la réponse suivante : « Je ne souhaite pas vous faire mal mais vous empêcher d’avoir mal. Je vais poser une goutte d’anesthésique local sur votre gencive, laisser agir quelques minutes puis vous ne sentirez pas la piqûre. Détendez-vous complètement. Je ne peux rien injecter dans un mur de béton, il faut que vous deveniez comme une éponge ! Parfait. Vous aurez la sensation que la peau gonfle mais ce n’est qu’une impression. » Il est possible de positiver les pensées du patient… en le faisant parler ! Le Dr Marie-Claire Hugly propose de désamorcer les angoisses en interrogeant : « Vous êtes bien silencieux, expliquez-moi ce à quoi vous pensez. » Faire parler le patient permet d’éclaircir ses éventuelles pensées négatives générées par automatisme.

Et du côté des enfants ?

Pourquoi la peur demeure-t-elle chez les plus jeunes alors que les soins dentaires ne font plus mal ? Trois raisons sont probables : le mimétisme de la peur des parents, l’empreinte traumatique liée à une expérience mal vécue ou encore une maladresse éducative qui désigne la visite chez le dentiste comme une punition consécutive à un mauvais comportement : « Si tu ne te brosses pas les dents, tu iras chez le dentiste et c’est pas drôle ! ». Pour les détendre, Christophe André conseille de jouer « à la poupée molle » pour détendre les muscles : de prendre tour à tour bras et jambes dans nos mains et de demander à l’enfant de se relâcher complément, comme une poupée de chiffon. Le Dr Marie-Claire Hugly demande aux plus jeunes patients : « À quoi sert ta bouche ? » pour valider l’importance d’en prendre soin. Pour contrer l’anxiété diffusée inconsciemment par une majorité de parents, le Dr Jona Andersen, pédodontiste, leur préconise d’éviter d’employer les expressions telles que « Le dentiste ne va pas te faire mal », « N’aie pas peur », « Tu ne vas rien sentir » qui sous-entendent les notions de douleur et de peur.

La chimie à la rescousse

Si la communication ne suffit pas à désamorcer les appréhensions, il est loisible de s’appuyer sur la médication : « Si vous le souhaitez, je peux vous prescrire un calmant à prendre environ une heure avant de venir. ». L’affirmation de soi et la sérénité du professionnel de santé demeurent une réponse qui minore l’agressivité, la peur ou la fuite des patients angoissés. Les techniques de pacification émotionnelle (relaxation, méditation, sophrologie, hypnose) pour débloquer la respiration et les muscles sont également des pistes à explorer…

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